Étant entraîneur en tennis de table depuis plusieurs années et étant très curieux de nature, je me suis toujours intéressé de très près à la psychologie sportive et à son évolution. Pourquoi ?
Le tennis de table et la psycho sportive
Parce que mon sport préféré est un sport vraiment difficile pour le mental du joueur. Frapper une balle qui peut voyager à 180 km/heures sur une petite table qui est située au milieu d'un terrain de badminton demande une coordination et une maîtrise de soi incroyable. Quand vous jouez à 3 mètres de la table et que nous faites une erreur de quelques degrés dans l'angle de votre raquette, vous mettez la balle "out" et pas à peu près.
Et ça, c'est sans compter la pression du sport-duel que constitue le tennis de table. C'est un vrai défi tant que physique qu'intellectuel: le tennis de table, c'est comme courir le 100 mètres sprint en jouant une partie d'échecs en même temps.
Tout cela pour dire qu'au fils du temps, j'ai cherché des façons d'amener mes athlètes à mieux performer de toute sorte de façon.
Les méthodes du passé
Il y a 30 ans, il n'était pas rare de voir mes athlètes couchés par terre en train de faire des exercices de méditation, de visualisation et de concentration. Au fils du temps, j'ai délaissé cette façon de faire parce qu'elle était de moins en moins acceptée par mes athlètes et par leurs parents. J'étais trop "originale" pour beaucoup. Et pourtant, ça fonctionnait pour beaucoup d'athlètes. Mais, lorsqu'un jeune retournait chez lui après un exercice d'autohypnose et qu'il expliquait à ses parents que son bras s'était mis à s'élever tout seul sans l'aide de sa volonté, plusieurs parents devenaient alors craintifs.
Je me suis donc tourné vers la psychologie sportive plus classique. Celle-là fonctionne aussi, mais de par mon expérience, elle est moins efficace. Mais bon, il faut ce qu'il faut. Donc je me suis mis à parler de niveau d'activation, de contrôle des émotions, de concentration large et étroite, etc. Et ça marchait, mais j'avais comme l'impression de m'attaquer aux symptômes plutôt qu'à la cause comme lorsqu'on soigne sa grippe avec des "Advils".
L'arrivée de Facebook et des téléphones intelligents
Et puis est arrivée l'aire de Facebook et des téléphones intelligents avec une drôle de génération de joueurs. Ces joueurs sont souvent suractivés en permanence. Ils manquent de capacité de concentration. Ils s'ennuient très rapidement. Ils ont besoin de stimulations constantes. J'ai comme l'impression qu'ils vivent en accéléré tout le temps. Ils semblent incapables de s'arrêter pour savourer une pomme ou encore pour admirer un paysage ou un coucher de soleil. Ce n'est jamais assez vite et assez stimulant.
Et là surprise, lorsque j'ai appliqué mes anciennes méthodes à ces athlètes, ça a fonctionné, mais pas comme avant. Dans les cas avec lesquels j'ai pu travailler, j'ai pu m'apercevoir d'un drôle de phénomène. À l'aide des exercices que je leur donne, ces athlètes pouvaient se relaxer beaucoup plus vite que mes athlètes d'antan. Par contre, ils sont incapables de rester très longtemps dans cet état de relaxation. Ils reviennent en mode accéléré très rapidement, sans raison.
Le retour des vieilles méthodes
Je suis donc retourné chercher et lire les dernières publications en psychologie sportive et là surprise, je me suis aperçu que ces méthodes sont de plus en plus étudiées et utilisées en psycho sportive. Michel Gadal, entraîneur national français qui a réussi à former un champion du monde, nous affirmait jadis lors d'une formation d'entraîneur: «les scientifiques ne font que confirmer ce que les entraîneurs de haut niveau utilisent déjà parce qu'ils savent que ça marche». Bon, c'est peut-être un peu exagéré, mais il y a une part de vérité dans cette affirmation.
En fait, le passage de la 2e vague à la 3e vague en psycho est basé sur une évolution des fondements théoriques. Dans l'approche classique que j'ai fini par utiliser, la cause des problèmes ce sont les émotions et les pensées. Cette approche se base en fait sur le modèle de traitement de l'information que constitue l'ordinateur. Nous amenons l'athlète à prendre conscience de ses pensées automatiques et nous lui apprenons à modifier ses schémas de pensées, ses attitudes, ses croyances, etc. Nous voulons que l'athlète fasse face à ses émotions négatives et ensuite tente de les contrôler et même de les supprimer. Des fois, ça fonctionne, mais très souvent ça ne fonctionne pas très bien.
La pleine conscience
Selon la 3e vague, l'origine des problèmes de l'athlète ne serait pas ses pensées et ses émotions, mais bien l'attitude qu'il entretient envers celles-ci: l'évitement ou l'acceptation. En fait dans cette approche, la pleine conscience est un concept central qui provient des techniques de méditation orientales. La pratique régulière de la méditation amènerait les individus dans une prise de conscience, sans jugement, de leurs expériences de chaque instant.
La pleine conscience est maintenant appliquée depuis plus de 20 ans aux États-Unis dans la psychologie classique et elle commence à pénétrer le domaine de la psychologie sportive. Elle est très proche des états optimaux de performance, le concept du "flow" décrit dans beaucoup de manuels de psycho sportive.
La pleine conscience consiste à pouvoir diriger son attention vers l'expérience de l'instant présent dans une attitude d'acceptation et de curiosité, et ce sans poser de jugement. Un athlète qui est centré sur l'instant présent lors d'un match et non sur le passé ou le futur, que demandez de mieux ?
Les exercices de pleine conscience sont tellement simples qu'il devient parfois difficile de croire en leur efficacité. L'exemple de la marche consciente: vous marchez en comptant vos pas, pour ensuite marcher en ne sentant que vos pas. À chaque fois que vous voyez une pensée passer, vous la regardez passer et vous retournez à vos pas. Et c'est tout. À la longue, l’état de pleine conscience amène l'athlète à considérer ses sensations corporelles, ses pensées et ses émotions comme des objets temporaires et non comme des objets réels ayant une influence sur lui. En acceptant ses sensations, pensées et émotions, il devient plus facile pour l'athlète de ne pas être distrait par eux, de ne pas interagir avec eux et de rester dans l'instant présent. Il reste donc tout à fait efficace, peu importe la pression ou les évènements. Et ça marche aussi dans d'autres domaines comme les études ou le travail.
Maintenant, il ne reste plus qu'à convaincre mes athlètes de faire de la marche consciente ainsi que leurs parents;-) En réalité, l'athlète est dans une position idéale pour faire ce type d'exercice lors de ses entraînements. Au lieu d'une marche consciente, il n'a qu'à faire des entraînements conscients….. À méditer ;-)
Le tennis de table et la psycho sportive
Parce que mon sport préféré est un sport vraiment difficile pour le mental du joueur. Frapper une balle qui peut voyager à 180 km/heures sur une petite table qui est située au milieu d'un terrain de badminton demande une coordination et une maîtrise de soi incroyable. Quand vous jouez à 3 mètres de la table et que nous faites une erreur de quelques degrés dans l'angle de votre raquette, vous mettez la balle "out" et pas à peu près.
Et ça, c'est sans compter la pression du sport-duel que constitue le tennis de table. C'est un vrai défi tant que physique qu'intellectuel: le tennis de table, c'est comme courir le 100 mètres sprint en jouant une partie d'échecs en même temps.
Tout cela pour dire qu'au fils du temps, j'ai cherché des façons d'amener mes athlètes à mieux performer de toute sorte de façon.
Les méthodes du passé
Il y a 30 ans, il n'était pas rare de voir mes athlètes couchés par terre en train de faire des exercices de méditation, de visualisation et de concentration. Au fils du temps, j'ai délaissé cette façon de faire parce qu'elle était de moins en moins acceptée par mes athlètes et par leurs parents. J'étais trop "originale" pour beaucoup. Et pourtant, ça fonctionnait pour beaucoup d'athlètes. Mais, lorsqu'un jeune retournait chez lui après un exercice d'autohypnose et qu'il expliquait à ses parents que son bras s'était mis à s'élever tout seul sans l'aide de sa volonté, plusieurs parents devenaient alors craintifs.
Je me suis donc tourné vers la psychologie sportive plus classique. Celle-là fonctionne aussi, mais de par mon expérience, elle est moins efficace. Mais bon, il faut ce qu'il faut. Donc je me suis mis à parler de niveau d'activation, de contrôle des émotions, de concentration large et étroite, etc. Et ça marchait, mais j'avais comme l'impression de m'attaquer aux symptômes plutôt qu'à la cause comme lorsqu'on soigne sa grippe avec des "Advils".
L'arrivée de Facebook et des téléphones intelligents
Et puis est arrivée l'aire de Facebook et des téléphones intelligents avec une drôle de génération de joueurs. Ces joueurs sont souvent suractivés en permanence. Ils manquent de capacité de concentration. Ils s'ennuient très rapidement. Ils ont besoin de stimulations constantes. J'ai comme l'impression qu'ils vivent en accéléré tout le temps. Ils semblent incapables de s'arrêter pour savourer une pomme ou encore pour admirer un paysage ou un coucher de soleil. Ce n'est jamais assez vite et assez stimulant.
Et là surprise, lorsque j'ai appliqué mes anciennes méthodes à ces athlètes, ça a fonctionné, mais pas comme avant. Dans les cas avec lesquels j'ai pu travailler, j'ai pu m'apercevoir d'un drôle de phénomène. À l'aide des exercices que je leur donne, ces athlètes pouvaient se relaxer beaucoup plus vite que mes athlètes d'antan. Par contre, ils sont incapables de rester très longtemps dans cet état de relaxation. Ils reviennent en mode accéléré très rapidement, sans raison.
Le retour des vieilles méthodes
Je suis donc retourné chercher et lire les dernières publications en psychologie sportive et là surprise, je me suis aperçu que ces méthodes sont de plus en plus étudiées et utilisées en psycho sportive. Michel Gadal, entraîneur national français qui a réussi à former un champion du monde, nous affirmait jadis lors d'une formation d'entraîneur: «les scientifiques ne font que confirmer ce que les entraîneurs de haut niveau utilisent déjà parce qu'ils savent que ça marche». Bon, c'est peut-être un peu exagéré, mais il y a une part de vérité dans cette affirmation.
En fait, le passage de la 2e vague à la 3e vague en psycho est basé sur une évolution des fondements théoriques. Dans l'approche classique que j'ai fini par utiliser, la cause des problèmes ce sont les émotions et les pensées. Cette approche se base en fait sur le modèle de traitement de l'information que constitue l'ordinateur. Nous amenons l'athlète à prendre conscience de ses pensées automatiques et nous lui apprenons à modifier ses schémas de pensées, ses attitudes, ses croyances, etc. Nous voulons que l'athlète fasse face à ses émotions négatives et ensuite tente de les contrôler et même de les supprimer. Des fois, ça fonctionne, mais très souvent ça ne fonctionne pas très bien.
La pleine conscience
Selon la 3e vague, l'origine des problèmes de l'athlète ne serait pas ses pensées et ses émotions, mais bien l'attitude qu'il entretient envers celles-ci: l'évitement ou l'acceptation. En fait dans cette approche, la pleine conscience est un concept central qui provient des techniques de méditation orientales. La pratique régulière de la méditation amènerait les individus dans une prise de conscience, sans jugement, de leurs expériences de chaque instant.
La pleine conscience est maintenant appliquée depuis plus de 20 ans aux États-Unis dans la psychologie classique et elle commence à pénétrer le domaine de la psychologie sportive. Elle est très proche des états optimaux de performance, le concept du "flow" décrit dans beaucoup de manuels de psycho sportive.
La pleine conscience consiste à pouvoir diriger son attention vers l'expérience de l'instant présent dans une attitude d'acceptation et de curiosité, et ce sans poser de jugement. Un athlète qui est centré sur l'instant présent lors d'un match et non sur le passé ou le futur, que demandez de mieux ?
Les exercices de pleine conscience sont tellement simples qu'il devient parfois difficile de croire en leur efficacité. L'exemple de la marche consciente: vous marchez en comptant vos pas, pour ensuite marcher en ne sentant que vos pas. À chaque fois que vous voyez une pensée passer, vous la regardez passer et vous retournez à vos pas. Et c'est tout. À la longue, l’état de pleine conscience amène l'athlète à considérer ses sensations corporelles, ses pensées et ses émotions comme des objets temporaires et non comme des objets réels ayant une influence sur lui. En acceptant ses sensations, pensées et émotions, il devient plus facile pour l'athlète de ne pas être distrait par eux, de ne pas interagir avec eux et de rester dans l'instant présent. Il reste donc tout à fait efficace, peu importe la pression ou les évènements. Et ça marche aussi dans d'autres domaines comme les études ou le travail.
Maintenant, il ne reste plus qu'à convaincre mes athlètes de faire de la marche consciente ainsi que leurs parents;-) En réalité, l'athlète est dans une position idéale pour faire ce type d'exercice lors de ses entraînements. Au lieu d'une marche consciente, il n'a qu'à faire des entraînements conscients….. À méditer ;-)
Et pour terminer, je n'ai pas encore trouver les raisons et la solution pour ma nouvelle génération de joueurs (Facebook et téléphone intelligent)... si quelqu'un a des suggestions, ça me serait utile.
Références:
Références:
Livre Psychologie du sport et de la performance
http://superieur.deboeck.com/titres/125597_3/psychologie-du-sport-et-de-la-performance.html
http://sportenpleineconscience.over-blog.com/
http://www.pleineconscience-paca.com/la-pleine-conscience/questions-r%C3%A9ponses/#Quelle%20est%20l%27efficacit%C3%A9%20de%20la%20m%C3%A9ditation%20par%20la%20Pleine%20conscience%20?
Commentaires
Enregistrer un commentaire