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Le mental des entraîneurs (partie 4): Équitabilité, faut être anormal, l'envie de progresser, l'autonomie

Sommaire:
  • Un entraîneur équitable, pas toujours évident dans la vie réelle d'un club sportif
  • Faut être anormal pour viser le haut niveau, et encore plus au tennis de table
  • Être entraîneur, c'est créer une ambiance, c'est créer une envie de progresser, c'est amener l'autonomie
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Note importante:
Ceci n'est pas un article scientifique, c'est plutôt un partage de mon vécu personnel mélangé avec un peu de science. Il a pour but de susciter la réflexion et peut-être même la controverse au sein des lecteurs ;-) 

Je suis à peu près certain que certains entraîneurs et athlètes ne seront pas d'accord avec mes propos, mais bon... c'est mon vécu bien personnel et mes réflexions sont à prendre comme telle ;-)

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Un entraîneur équitable, pas toujours évident dans la vie réelle d'un club sportif

Dans un club, vous avez toutes sortes d'athlètes et comme entraîneur vous devez vous adapter le plus possible à tous ses athlètes. Vous devez communiquer le plus possible avec eux. Vous devez être le plus possible équitable. Vous ne devez pas avoir de joueurs préférés. Etc., etc.  

Je crois à tous ses principes, mais je sais par expérience qu'il y a une marge entre la théorie et la pratique et tout entraîneur de longue date pourra vous le dire. Nous essayons de respecter tout ça, mais ce n'est pas toujours évident parce l'entraîneur tout comme l'athlète est un être humain avec ses pensées et ses émotions.

Commençons par un premier exemple. Certains athlètes me remercient de les avoir aidés dans différentes circonstances: "je n'aurais jamais gagné ce match sans tes conseils". Peut-être, peut-être pas. C'est l'athlète qui gagne et qui perd. Je suis là pour l'aider, je le dirige, mais c'est à lui qu'appartient le résultat final. C'est lui qui prend les décisions finales et qui joue les points à la table. Par contre, ça fait du bien de se faire remercier de temps à autre. D'un autre côté, certains athlètes ne remercient jamais et ça votre inconscient fini par le prendre en note ;-(Pour bien "coacher", pour être véritablement en mesure d'épauler et d'aider un athlète, un facteur très important est la confiance. La relation de confiance est quelque chose de très difficile à bâtir. La confiance réciproque s'est souvent bâtie chez beaucoup de mes athlètes quand ils se sont aperçus de mon véritable engagement personnel à les aider et à les soutenir dans n'importe quelles circonstances: sportives et autres. Lorsqu'ils ou qu'elles s'aperçoivent que je suis disponible n'importe quand pour les épauler, leur confiance monte rapidement de plusieurs crans.

J'essaie d'appliquer sur mes athlètes ce que j'essaie d'appliquer dans ma vie en général: faire preuve de compassion. Un jour, j'ai lu à quelques parts que les zones du cerveau qui étaient activées lorsqu'un moine bouddhiste méditait sur la compassion étaient les mêmes que celles activées lorsque quelqu'un se sentait très heureux. Donc, assez facile de bâtir l'équation. D'ailleurs une de mes joueuses m'a déjà fait une remarque intelligente à ce sujet que je vais retenir toute ma vie. Je ne me souviens plus des mots exacts, mais c'était quelque chose du genre: "Thierry, tu es généreux avec les gens autour de toi. Tu veux les aider. Tout ça pour être plus heureux. Dans le fond, tu es égoïste." LOL, pas folle cette joueuse. C'est comme ça que se bâtit la relation de confiance...

La construction de cette relation de confiance débute souvent dans l'enfance et se continue dans l'adolescence ou parfois ça se complique un peu, tout comme pour les parents ;-) Cette relation n'est jamais unidirectionnelle, mais bien bidirectionnelle. C'est un échange entre 2 personnalités: celle de l'athlète et la mienne. Et évidemment, tout comme dans la vie en générale, certaines personnalités sont plus compatibles que d'autres avec la personnalité de l'entraîneur.

Dans mes groupes, je veux que tout le monde réussisse. Pour moi, bien que le tennis de table soit un sport individuel, je crois en la vertu de l'esprit d'équipe et de club. Le club doit être pour l'athlète une micro société où les jeunes apprennent et expérimentent des valeurs de base qui leur serviront toute leur vie. À cause de cela, j'ai de la difficulté à accepter qu'un joueur soit égocentrique et je n'accepte pas du tout l'intimidation qui prévaut chez certains jeunes aujourd'hui. Ça aussi mon inconscient l'enregistre.

Tout ça pour dire que nous croyons aux vertus de l'équité, mais qu'inconsciemment tout entraîneur a ses préférés et il doit continuellement surveiller cet aspect dans son mental pour ne pas se laisser attraper par son inconscient. Généralement, le signal d'alarme s'allume lorsque les rumeurs partent parmi les joueurs... et là l'entraîneur d'expérience se réveille et s'ajuste ;-)

En plus, chaque athlète est souvent à un âge et un niveau de développement différent. Certains en sont rendus à un stade de développement où ils ont davantage besoin d'un suivi individualisé. D'autres athlètes, plus jeunes et à un niveau de développement moindre n'ont pas encore besoin de ce suivi individualisé. Certains athlètes ont aussi des problèmes ponctuels qui demandent alors un suivi personnel pendant une période temporaire, le temps de résoudre le dit problème. Donc à certains moments, nous donnons plus d'attention à certains athlètes qu'à d'autres. Mais sur une longue période de temps, le tout s'équilibre...



Faut être anormal pour viser le haut niveau, et encore plus au tennis de table

L'athlète de haut niveau n'est pas normal. Le coach qui l'accompagne ne l'est pas lui non plus LOL. 

Pensez-y bien, quel individu normal s'entraînerait pendant 30 heures par semaine pendant plusieurs années à frapper une petite balle blanche sur une table bleue ou verte ? Aucun individu normal ne ferait ça LOLAller vers le haut niveau, au tennis de table, au Québec, au Canada, c'est un peu de la folie. Il faut vraiment aimer son sport. Nous vivons dans un pays favorisé par rapport à bien d'autres tant au niveau du sport qu'à d'autres niveaux. Par contre, au niveau du sport de haut niveau et d'excellence, le Canada est en retard par rapport à bien des pays de même niveau de développement. Le Québec est une des provinces les plus favorisées au Canada grâce au Gouvernement du Québec. Mais disons-le franchement, si vous décidez de vraiment de viser l'excellence, vous allez devoir faire énormément de sacrifices personnels, par exemple au niveau financier.

Si une fois que vous savez ça, vous décidez d'y aller quand même, chapeau ;-) Et si en plus vous décidez d'y aller dans le tennis de table, un sport très méconnu au Québec et au Canada, vous avez vraiment le feu sacré et vous êtes anormal. Peu importe vos motivations (extrinsèques, intrinsèques, etc.), vous êtes un être d'exception.Faire passer son message à l'athlète, le convaincre de vous laisser l'accompagner dans son aventure, pouvoir l'aider vraiment... ça prend une véritable communication entre les deux... entre l'entraîneur et l'athlète.



Être entraîneur, c'est créer une ambiance, c'est créer une envie de progresser, c'est amener l'autonomie

Une fois que la confiance est établie avec l'athlète, rien n'est joué. Le sport de haut niveau, c'est toute une aventure, une aventure de gens hors normes (anormaux pour ainsi dire ;-)

Il faut créer une ambiance. L'athlète a ses aspirations. L'entraîneur a les siennes. Le "coach" a ses méthodes et il doit arriver à créer une harmonie entre ses méthodes et les aspirations de l'athlète.

Dans mon cas, j'aime viser sur le dialogue. Je parle beaucoup. Je partage. J'échange. Je dirais même que jusqu'à un certain point, je me confie pour créer une confiance réciproque. J'utilise la franchise, d'accord ma franchise belge est parfois un peu trop "franche"; il faut parfois que je me retienne LOL Je suis honnête avec l'athlète. J'essaie d'arriver à un certain partage de valeurs: confiance réciproque, franchise, honnêteté. 

Au final, j'apprécie l'athlète et l'athlète m'apprécie. Je crée une certaine intimité avec l'athlète qui me permet de l'amener à croire en sa propre valeur. Par étapes successives, j'aime faire voir à l'athlète qu'il a d'énormes possibilités de progrès en tennis de table, mais ailleurs aussi, dans ses études par exemple.

Je suis vraiment sincère quand je les complimente ou quand je leur explique leurs capacités, j'y crois vraiment et je ne dis surtout pas ça pour leur faire plaisir et il le sente... quoique certaines athlètes féminines en doute parfois, en particulier une ;-) LOLLa confiance n'exclut pas qu'il puisse y avoir des problèmes de relation entre l'athlète et l'entraîneur. Parfois apparaissent des crises avec mes joueurs et joueuses. Toutes de sortes de problèmes peuvent survenir. Je pousse l'athlète trop vite, trop loin ou le contraire. L'athlète commence à douter de la méthode. L'athlète est déçu de ses résultats, etc. etc.

C'est à ces moments-là que la franchise, l'honnêteté et la confiance jouent encore plus. Je m'interroge, je les écoute, je réfléchis, je remets en question, parfois je présente mes excuses et par-dessus tout je m'ajuste. Petit à petit, au fur et à mesure que l'athlète progresse et devient autonome, je lui demande la même chose, le même type de comportement.

Pour arriver à cela, je privilégie l'autonomie. Les athlètes conscients refusent rapidement d'être des pions, ils veulent devenir autonomes et ils veulent participer au processus de planification, de gestion et de contrôle. Je cherche à développer la conscience de mes athlètes pour ensuite les rendre autonomes. 

Quand ils sont plus jeunes, je leur fais voir plein de vidéos. Je les amène à discuter de leurs points de vue sur la technique, sur les adversaires, etc. Plus ils vieillissent et plus je les laisse décider de leur entraînement; bien sûr en jetant toujours un coup d'oeil pour voir s'il n'y pas d'erreur majeure ou si l'athlète s'en va dans la bonne direction. Et la réponse est toujours positive à 90%. Le jour où mon athlète me "challenge" sur mes méthodes, sur mes connaissances et fini par me dire que, lui, il pense ça et aimerait mieux faire ça comme ça; j'ai enfin atteint mon objectif d'autonomie. Une fois autonome, cet athlète risque d'aller loin non seulement au tennis de table, mais je l'espère dans la vie en générale aussi. 


Dernièrement, j'ai mis la main sur un libre qui s'intitule "Le mental des coachs"





Ce livre parle du mental des entraîneurs (et non de celui des athlètes comme à l'habitude), de leur vécu psychologique et de toutes sortes de sujets reliés à cet aspect.

Cela m'a fait réfléchir à mon propre mental de "coach" et m'a motivé à écrire une série d'articles sur le sujet.

Je conseille à tous les entraîneurs et tous les athlètes de haut niveau, ainsi qu'à toute personne intéressée, la lecture de ce livre... par exemple aux gestionnaires LOL



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