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Conseils aux jeunes entraîneurs en tennis de table: “Ne vous perdez pas en cours de route comme je me suis parfois perdu¨



“Ne vous perdez pas en cours de route comme je me suis parfois perdu dans ma carrière !!!”

Cet article fait suite à la lecture du chapitre 4 intitulé “Découvrir les diamants bruts” du livre de Adam Grant:
Le triomphe des généreux: comment l’altruisme peut conduire au succès, Adam Grant, Éditions Transcontinental: Les affaires, 2014

Dans ce livre Adam Grant divise les personnes en trois catégories:
- le donneur (disposé à rendre service sans rien attendre en retour),
- le preneur (qui fait passer ses intérêts avant ceux des autres)
- et l'échangeur (qui donne autant qu'il reçoit).

Et contrairement à la croyance répandue, ce sont les donneurs qui réussissent le mieux dans la vie; mais pas n'importe quel type de donneur... et non pas les preneurs ou les échangeurs. Effectivement, il y a deux types de donneurs: le donneur altruiste, qui protège ses intérêts lorsque nécessaire et le donneur allocentriste, qui est trop porté sur le sacrifice. Le donneur altruiste se retrouve en haut de l’échelle de la réussite, ce qui n’est pas le cas du donneur Allocentriste.

Gardons ces notions en tête, car elles s’appliquent aussi très bien aux entraîneurs, aux joueurs et à leurs parents et nous nous en servirons au cours de cet article.

Commençons par une mise en situation...

Il y a déjà quelques années, j’étais en semi-retraite comme entraîneur parce que ma femme était enceinte de ma première fille, Anouk. Et là arrive l’impensable. Le club TOPS de Repentigny que j’ai contribué à “mettre sur la map” quelques années auparavant est en grosse difficulté et a besoin d’un entraîneur pour le remettre sur les rails. Impossible de refuser, c’est ma belle-mère, ex-présidente du club, qui m’en fait la demande. Je prend donc une entente avec le conseil d’administration de l’époque. Je travaillerai à la restructuration du club comme entraîneur pour une période de 3 ans et après je laisse ma place, peu importe la situation.

Me voilà donc en présence d’un groupe de joueurs que je ne connais pas, sauf un que j’ai déjà “coaché” lorsqu’il était plus jeune. Deux joueurs sont nettement au-dessus de la mêlée. Les deux ont été champions canadiens juniors dans leur catégorie.

Je prend alors une des décisions les plus importantes pour la restructuration du club. Je décide de ne pas m’occuper des deux athlètes champions canadiens juniors. Cela me demanderait trop de temps que je ne pourrais pas investir dans le développement de nouveaux joueurs et entraîneurs. Heureusement, un des deux joueurs en question décide de devenir entraîneur à cause de blessures sérieuses. L’autre continuera à s’entraîner dans mon groupe mais comme athlète autonome. Je m’assurerai qu’il ait des partenaires à sa mesure et c’est lui qui structurera ses entraînements.

Me voilà donc avec un groupe joueurs pas tout à fait débutant, mais pas d’un très haut niveau non plus. Je suis de retour à la case départ. Et je suis tout enthousiaste. Mon but, développer le plus possible tous les joueurs et entraîneurs présents dans ce groupe. Pour se faire, leur donner confiance en eux. Aussi les amener à être autonome à partir d’un programme d’entraînement individualisé. Former un esprit de club, un esprit d’équipe chez les joueurs et les entraîneurs.

J’ai réalisé mon mandat. Au bout de trois ans, j’ai laissé ma place à un entraîneur plus jeune que j’avais pris soin de former. Et les joueurs avaient vraiment progressé et ce groupe de joueurs fut un de mes meilleurs groupes. Je n’ai qu’à vous nommer quelques joueurs de ce groupe: Rémi Tremblay, actuel DG de la Fédération, Christian Foisy, entraîneur niveau 5 équipe nationale, Marie-Chirstine Roussy, joueuse olympique, Jean-François Roussy, joueur de l’Équipe du Québec qui a été la bête noire de plusieurs autres joueurs de l’Équipe du Québec pendant plusieurs années ;-)

Qu’est-ce que j’ai donc fait pour que ce groupe ait autant de succès avec autant de joueurs de niveau différent ? Je me suis posé la question et ce n’est qu’au fils des années que j’ai trouvé la réponse. Pourquoi est-ce que j’avais plus de succès dans certaines situations que dans d’autres? Au fils de formation sur la déctection de talents et de lectures sur différents sujets, j’ai fini par trouver la réponse.

En fait, voici en résumé ce que j’ai fait dans mes groupes de joueurs avec lesquels j’ai eu le plus de succès:
- Je n’ai pas essayer de repérer les joueurs les plus talentueux.
- J’ai appliqué l’effet Pygmalion
- J’ai donné la même attention à chaque joueur, mais une attention individualisée
- J’ai été un entraîneur “donneur”
- Je m’étais entouré d’une grande proportion de parents et d’entraîneurs “donneurs”

Et malheureusement, à quelques occasions, je me suis perdu en cours de route et je me suis mis à faire des choses qui ont conduit mon groupe de joueurs sur la mauvaise voie. Les joueurs ont progressé mais pas aussi vite:
- J’ai mis plus de temps sur les joueurs que j’évaluais plus talentueux
- J’ai oublié d’appliquer l’effet Pygmalion
- Je n’ai pas donné la même attention à chaque joueur
- Je n’ai pas individualisé mes approches
- Je suis devenu un entraîneur “échangeur”
- J’étais surtout entouré de parents “échangeurs” et même “preneurs”

Commençons par le détection de talent…

Dans mes meilleurs groupes, je n’ai pas fait de détection de talents comme tel. En fait, c’est partiellement faux. J’ai fait de la détection de talent à la sauce ultra moderne, sans le savoir.

Il y a quelques mois, lors du grand stage de perfectionnement de tous les entraîneurs québécois, un atelier portait sur le détection de talent. Le message principal que le conférencier est venu nous livrer est le suivant: la détection de talent basée sur l’évaluation des qualités physiques, ça ne marche pas. Toutes les données scientifiques compilées et étudiées le prouvent. Un ou deux pays semblent avoir obtenu du succès grâce à un système de dépistage de talent, mais quand la recherche va plus à fond, on se rend compte que que n’est pas du tout pour ça que ces pays ont eu du succès.

Est-ce à dire qu’il ne faut pas essayer de repérer le talent potentiel ? Non disait le conférencier, mais il faut rechercher et évaluer les bons critères. Quels sont ces critères ?

- Motivation intrinsèque de l’athlète mais surtout la capacité d’un athlète à se relever d’un échec. Si un athlète connaît des échecs, qu’ils se relèvent et qu’ils continuent à essayer de se développer, choisissez cet athlète. Bien entendu, il doit avoir un talent minimal, mais le talent minimal est suffisant. Et ses qualités psychologiques lui permettront d’aller bien plus loin que tout athlète plus talentueux mais n’ayant pas ces qualités psychologiques.

Dans les groupes où j’ai eu le plus de succès avec plusieurs athlètes, j’ai appliqué ce principe sans le faire exprès. Je mettais beaucoup d’effort sur les athlètes qui y mettaient du sien surtout après un échec ou une mauvaise compétition. Je m’occupais des autres aussi, mais j’avais une petite préférence pour ceux qui savaient se motiver eux-mêmes et surtout se relever.

Dans les groupes où j’ai moins bien réussi, je me concentrais trop sur certains joueurs qui avaient l’air talentueux du point de vue physique. Et cela pouvait amener les autres moins talentueux  physiquement à se décourager.

C’est là qu’entre en action l’effet Pygmalion.

Vous connaissez l’effet Pygmalion. Moi je l’ai vécu de l’intérieur lorsque j’étais adolescent. Le jour où un professeur d’éducation physique s’est battu pour moi face aux autres pour que je puisse entrer dans le sport-études général en secondaire 4 parce qu’il considérait que j’avais du talent; je me suis transformé du tout au tout du jour au lendemain. Cela était très visible dans mes cours d’éducation physique réguliers. Avant d’être accepté dans le sport-études, j’étais plutôt effacé dans mes cours réguliers  et pas très visible si je puis dire. Et bien après avoir été accepté, je me suis mis à dominer dans la plupart des sports que je faisais dans ce groupe comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Pourquoi ? Et bien si ce prof disait que j’avais du talent, il devait savoir de quoi il parlait, surtout qu’il était “coach” de l’équipe nationale junior en volley si je me rappelle bien. Je venais de vivre l’effet Pygmalion.

L’effet Pygmalion est très simple. C’est un classique dans le monde des édudiants. Mais il a aussi été expérimenté dans l’armée Israélienne. Un évaluateur de recrues soldats a fait croire à des instructeurs qu’il avait soigneusement scruté les dossiers de plusieurs recrues et que ces recrues étaient nettement supérieures aux autres. En fait, il avait tirer la liste de ses recrues au hasard. Et bien à la fin de la formation, ces recrues identifiées étaient toutes supérieures aux autres entre 10% et 15% alors qu’elles n’avaient rien de spécial au départ. Que s’était-il donc passé ? Très simple, l’effet Pygmalion. Si vous croyez qu’un de vos élèves est plus talentueux, plus intelligent, vous allez vous en occuper plus, vous allez lui donner confiance, vous allez lui donner des occasions et que se passera-t-il ? Bien entendu, il va se développer plus vite.

Dans les groupes où j’ai eu le plus de succès, j’ai appliqué l’effet Pygmalion mais d’une façon particulière.

J’étais alors un entraîneur “donneur” et en ce sens j’appliquais l’effet Pygmalion de cette façon. Je n’attendais pas de voir si mes athlètes avaient du potentiel. J’étais confiant et optimiste envers chacun d’eux et je voyais du potentiel chez chacun d’eux. Souvent, je voyais du potentiel chez mes athlètes alors que les autres entraîneurs n’en voyaient pas. Je voyais des forces chez chacun de mes joueurs et en ce sens que croyais que chacun de mes athlètes étaient prometteurs. En fait, je les voyais comme des diamants qu’il me restait à extraire, tailler et polir aussi. Et je le disais à mes athlètes et ces derniers me croyaient parce que je le croyait vraiment. Qu’est-ce que vous pensez qu’il se passait dans le groupe ? Effet Pygmalion.

Dans les groupes où j’ai eu moins de succès et où je m’occupais des joueurs talentueux physiquement, cet effet Pygmalion n’était pas présent et je dirais même que j’obtenais un effet contraire quand les athlètes voyaient que je croyais plus à certains athlètes qu’à d’autres. Je n’ai pas de nom pour le contraire de l’effet Pygmalion, mais quelqu’un devrait en inventer un ;-)

Et l’attention accordée aux athlètes

Tout ça faisait que je ne donnais pas la même attention à tous mes athlètes et ces derniers le sentaient. Ils devaient se dire “Si mon entraîneur me donne moins d’attention, c’est que je dois être moins bon, que je dois avoir moins de talent. Alors pourquoi faire des efforts ?”

Dans le groupes où j’ai le mieux réussi, j’ai donné la même attention à chaque athlète peu importe son talent physique potentiel au départ. Mais j’ai fait aussi autre chose qui a grandement aidé au succès de ses athlètes. J’ai très rapidement individualisé l’entraînement. J’ai amené les athlètes à se fixer eux mêmes des objectifs et à les contrôler et même à bâtir leurs propres exercices. Quand un athlète voit que vous prenez le temps de construire avec lui quelque chose qui lui correspond vraiment, qu’est-ce que vous pensez qu’il se met à penser. Il se dit qu’il doit avoir du potentiel, sinon pourquoi mon entraîneur prendrait-il le temps de faire ça avec moi. Et l’effet Pygmalion entre en jeu.

Dans les groupes où l’entraînement était trop semblable pour tous et pas indivdualisé, l’effet Pygmalion n’entrait pas en jeu et j’obtenais moins de succès.

J’étais un entraîneur “donneur”

Tout ça entrait en jeu lorsque dans mon groupe j’étais un entraîneur “donneur” qui donnait aux athlètes sans se demander s’il y aurait un retour.

En étant un entraîneur “donneur”, j’obtenais deux ricochets. Je ne retrouvais plus souvent qu’autrement entourés d’une majorité de parents et d’entraîneurs eux aussi “donneur”. Et cela avait un effet sur les athlètes qui eux aussi devenaient “donneur”. Un esprit de corps et d’équipe se créait au sein du groupe d’athlètes et au sein du club à tous les niveaux. Les athlètes de ces groupes se côtoient encore aujourd’hui alors qu’ils sont adultes.

Dans les groupes où j’ai obtenu moins de succès, sans m’en rendre compte alors, j’étais davantage dans la position d’un entraîneur “échangeur”. En fait, je disais aux athlètes que je m’occuperais d’eux seulement s’ils me donnaient quelque chose d’eux-mêmes. J’espérais aller chercher le maximum de chacun d’eux de cette façon. Et même des fois, je favorisais la concurrence entre les joueurs en me disant que s’ils voyaient que je m’occupais plus d’un parce qu’il était sérieux et intensif à l’entraînement, les autres saisiraient le message et se mettraient à faire la même chose. Erreur fatale, tout ce que j’obtenais, c’est un groupe d’athlètes “échangeurs” ou “preneurs” avec très peu d’esprit de corps et d’équipe. Mais à l’époque je ne savais même pas ce qu’était un “donneur”, un “échangeur” ou un “preneur”. Alors, je pensais bien faire. Mais force m’est d’admettre que ça ne marchait pas très bien.

Dans le livre d’Adam Grant “Le triomphe des généreux”, il y a un chapitre qui nous donne plein d’exemples qui vont dans ce sens.

Par exemple, un professeur de comptabilité qui établit des records avec ses étudiants aux examens de comptabilité américaine. Une fois, ces édudiants ont obtenus les 3 premières places et en plus ces étudiants étaient toutes des étudiantes. LOL Qu’a de particulier ce professeur ? Il ne cherche pas à identifier les meilleurs talents et il voit du potentiel de comptabilité chez tout le monde ;-) C’est aussi un professeur “donneur” qui est capable de repérer les éléves “donneurs” qui seront capables de persévérer et de se relever et de continuer. Ah ah !!!

Autre fait bizarre décrit dans ce livre. Lorsqu’on fait l’analyse de différents champions ou numéros un dans leur discipline, on s’aperçoit souvent que leur premier entraîneur était tout simplement un petit entraîneur de quartier. Mais quand on va plus loin, on s’aperçoit qu’à chaque fois, cet entraîneur était un entraîneur “donneur” qui a su donner le goût de la discipline en question à son jeune.

Conclusion: la motivation intrinsèque

En fait, comme entraîneur j’ai souvent fait l’éloge de la motivation intrinsèque chez les joueurs en leur disant qu’ils devaient se “botter” le derrière eux-mêmes sans tout le temps avoir besoin de leur entraîneur pour ça. C’est un peu vrai.

Mais la réalité est que la motivation intrinsèque du joueur vient aussi du comportement de son entraîneur. Si c’est un entraîneur “donneur” qui met en jeu l’effet Pygmalion, il est certain que les joueurs vont être intrinsèquement plus motivés.

Tout ça pour dire que je conseille fortement aux jeunes entraîneurs en tennis de table de ne pas se perdre en cours de route comme je l’ai fait quelque fois dans ma longue carrière et même récemment.

  • N’essayez pas de détecter les joueurs les plus talentueux
  • Au lieu de ça, croyez au potentiel et aux forces de chacun de vos joueurs et mettez en jeu l’effet Pygmalion
  • Soyez un entraîneur “donneur” et donnez sans compter à vos athlètes une attention égale pour tous mais individualisée
  • Et enfin entourez-vous d’entraîneurs et de parents “donneurs” pour amener vos athlètes à être eux-aussi des “donneurs”



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