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Le mental des entraîneurs (partie 3): Un coach est tout le temps en équilibre instable ;-)

Le mental des entraîneurs (partie 3): Un coach est tout le temps en équilibre instable ;-)


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Note importante:

Ceci n'est pas un article scientifique, c'est plutôt un partage de mon vécu personnel mélangé avec un peu de science. Il a pour but de susciter la réflexion et peut-être même la controverse au sein des lecteurs ;-) 

Je suis à peu près certains que certains entraîneurs et athlètes ne seront pas d'accord avec mes propos, mais bon... c'est mon vécu bien personnel et mes réflexions sont à prendre comme telle ;-)

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Il est super important d'avoir son propre style de coaching

En tant que coach, vous vous retrouvez tout le temps en situation d'équilibre instable (déséquilibre) et c'est ce qui vous tient en éveil.

Il m'est arrivé quelque chose de marquant cette saison. J'invite ma fille à venir prendre des photos à mon club. 

Cette dernière n'est pas joueuse de tennis de table, mais elle s'est toujours intéressée à mon métier et a même suivi sa formation d'entraîneur pour mieux le comprendre. Étant extérieure au sport, elle a tellement appris et compris, que je l'ai engagée pour me "coacher" dans des compétitions où j'étais joueur. Cela a donné des remarques du genre: "Papa, parce que tu es fâché, tu penses que tu es activé, mais en fait tu ne l'es pas. Tu n'es pas activé physiquement, tu ne l'es que mentalement. Ce qui fait que tu ne bouges pas assez vite." Et elle avait la raison la jeune... LOL Résultats avec elle comme coach , dans le 50 ans et + au Ch. du Québec: un titre et une finale ;-)

Pour en revenir à sa visite à mon club, après sa journée de séances de photos, elle a fini par me dire quelque chose qui m'a assommé et réveillé. "Papa, tu ne "coach" pas comme tu enseignes que l'on devrait coacher. Tu "coach" de façon traditionnelle, ce n'est pas toi ça." Et ma fille avait encore raison, j'étais tombé sur le pilote automatique et j'avais perdu mon style personnel de coaching. Résultats: moins de motivation et moins d'implication de mes athlètes et de moi aussi. Qu'à cela ne tienne, cela m'a décidé à "virer la barque de bord" et à recommencer à innover et risquer... à 52 ans, à me remettre en situation de déséquilibre instable... LOL



Quel est mon style de coaching ? D'où vient-il ?


Il existe des théories sur les styles de coaching

  • Directif (autocratique): plus d'anxiété, déplaisir, désengagement et burnout des athlètes, peu de cohésion sociale.
  • Participatif (démocratique): diminue l'anxiété, augmente la motivation et la capacité de rebondir après un échec des athlètes. Plus grande cohésion sociale au sein du groupe. Haut niveau de participation. La relation coopérative limite le découragement et les crises, favorise le dialogue et les échanges, la gestion de l'échec et la capacité à rebondir.

Suivant les recherches, le coaching participatif et la relation coopérative feraient partie des styles de coaching les plus efficaces.

Mais dans la réalité, le coach efficace adopte un style de coaching personnel adopté à sa personnalité, Ce style vient souvent de son vécu sportif et de son histoire à lui.

Mon style de coaching "personnel" est orienté participatif-coopératif-innovation. Et effectivement, ça vient de mon vécu personnel.


Mon vécu en tant qu'athlète

Étant jeune, j'ai été athlète, un athlète discipliné ou plutôt auto-discipliné. J'étais rebelle: si te me dis quoi faire, dis-moi pourquoi sinon je ne le fais pas. Curieux: je ne me contentais pas de ce que mon coach m'amenait, j'allais voir ailleurs surtout dans les livres. Individualiste: pas très social, introverti, parfois violent, timide, j'évoluais en solitaire, mais.... J'avais besoin d'un coach et j'avais besoin d'un club. Je faisais comme si je n'en avais pas besoin, mais je ne supportais pas les vacances quand le club était fermé LOL 

J'adorais quand on me faisait confiance et que le coach me traitait d'égal à égal. Personne n'avait besoin de me pousser. Jamais je ne manquais une séance d'entraînement, malade ou pas. Je me fixais mes propres objectifs en plus de ceux de l'entraîneur. J'aimais allé plus loin, trop loin. Ceinture orange au judo, j'ai développé un mouvement sacrifice qui n'existait pas. Les mouvements sacrifices sont d'un niveau trop élevé pour une ceinture orange LOL Un jour, dans une compétition ouverte, j'ai battu (presque battu) une ceinture brune à l'aide de ce mouvement. Mais la ceinture brune en question était le fils du prof. L'arbitre n'a pas osé me donner la victoire tellement c'était invraisemblable. La ceinture brune serait tombée par accident. Mais tout le monde qui me connaissait savait que je pratiquais ce mouvement et tout le monde me disait que j'aurais dû gagner. J'étais vraiment une tête de cochon. Je cherchais toujours à faire différent dans n'importe quel sport.


J'aime les différences

J'ai en partie un coaching participatif-coopératif-innovation à cause de ce vécu comme athlète. Si comme athlète, vous faites quelque chose de différent des autres, vous êtes certain que je vais examiner la situation et vous encourager là-dedans... parfois trop LOL J'essaie souvent de découvrir chez des jeunes débutants des innovations. Je me dis que vu qu'ils n'ont pas d'idées pré-conçues, ils pourraient avoir une idée géniale ;-)


Tout le monde peut se tromper ;-)

Mais j'ai aussi développer un style directif à cause encore de mon vécu. Lorsque j'étais jeune entraîneur, j'innovais et j'essayais sans arrêt et je réussissais à convaincre des entraîneurs d'expérience d'essayer mes idées. Parfois, ça n'a pas donné les résultats escomptés.

Jeune entraîneur, je ne jurais que par le participatif. L'école de Summerhill, ça dira quelque chose aux plus vieux LOL Les gens de mon âge auront le sourire, j'en suis certain. Un jour, j'ai convaincu mon équipe d'entraîneurs de faire un stage d'été d'une semaine sans couvre-feu, sans aucune directive. La prémisse de base était que si nous laissions la possibilité aux jeunes de se responsabiliser, il serait responsable. Quelle naivité... certains joueurs et joueuses s'endormaient sur le banc au gymmase et il fallait les réveiller pour reprendre l'entraînement. Ce fut une semi catastrophe. Et nous avons dû reprendre le contrôle à l'aide d'un style pas très démocratique LOL Ça m'a servi de leçon, il y toujours une marge entre la théorie et la pratique. Je peux donc devenir directif au besoin, mais ce n'est pas moi.

Et le naturel revient toujours au galop, donc je reviens toujours au style participatif-coopératif-innovation.


Un coach est aussi un parent

Une fois devenu parent, d'autres expériences personnelles m'ont conforté dans ce style. Grâce à ma femme, mes enfants ont eu la grande chance de fréquenter une école alternative au primaire, l'École Atelier. Comme parent, je pouvais m'impliquer et je j'ai pu voir le fonctionnement des professeurs. Ça m'a conforté dans mon style de coaching et ça m'a montré que je pouvais encore aller plus loin dans cette direction.


Vos coachs et vos profs vous influencent fortement

Les entraîneurs et les professeurs que vous avez eu et qui  vous ont marqué détermine aussi votre style de coaching. En physique (secondaire 4 et 5), j'ai eu un professeur qui nous enseignait comme si nous étions des étudiants de Cegep: plan de cours, nous devions beaucoup travaillé par nous-mêmes dans le manuel, peu de cours traditionnels, etc. J'ai "rushé" dans ses cours à ce monsieur, mais c'est lui qui m'a forcé à apprendre à étudier et à travailler de façon autonome. Cet apprentissage, je le traîne encore aujourd'hui avec moi. Sans ce professeur hors du commun, j'aurais eu d'énormes difficultés à passer mon cours de physique 101 au Cégep (double promotion, les vieux de mon âge se souviendront de ça). J'ai appris des années plus tard que ce professeur s'était suicidé. À ce moment, je me suis dit que j'aurais dû remercier ce monsieur pour ce qu'il avait fait pour moi sans le  savoir, mais il était trop tard :-( 

Un de mes coachs de volleyball m'a aussi fortement marqué. Un jour, vu que j'étais assez grand pour mon âge, il m'invite au camp de l'équipe junior du Québec. Et sa façon de sélectionner ses athlètes m'a marqué à jamais. Il avait fait venir tous les athlètes au milieu du gymnase, a ensuite expliqué un exercice compliqué et a demandé à tous les joueurs présents de faire l'exercice. En fait l'exercice avait l'air compliqué, mais si vous étiez le moindrement perspicace, vous vous aperceviez que l'exercice se limitait à 3 ou 4 phases clés qui se répétaient dans un certain ordre. Si vous n'étiez pas capable de faire cet exercice, de le décortiquer mentalement, peu importe vos qualités athlétiques, vous n'étiez pas sélectionné. Ensuite, il m'avait fait venir et m'avait expliqué que je pouvais être sélectionné, j'avais passé le test. Mais je n'avais pas assez d'impulsion, qu'il pouvait m'aider à l'améliorer et ensuite je pourrais faire l'équipe. Il m'avait aussi expliqué que ce qu'il recherchait, c'était des joueurs intelligents. L'athlétique, on pouvait toujours le développer. Cet entraîneur était vraiment spécial. J'étais déjà pris dans le judo et le tennis de table, j'ai donc décliné l'invitation ;-(


Et votre vécu professionnel, lui !

Même votre vécu professionnel influence votre style de coaching. Étant timide de nature (ça ne veut pas dire que je ne peux faire semblant de pas l'être Lol), je ne me suis jamais considéré comme vendeur. Et pourtant, j'en vends des choses, des idées, des exercices, des façons de faire à mes athlètes. Un jour, au début de ma carrière professionnelle hors "ping", un excellent vendeur informatique me convoque en entrevue pour m'engager comme vendeur. Je passe l'entrevue et je termine en lui disant que je ne pense pas avoir le profil qu'il faut pour être vendeur et que je n'ai pas vraiment d'expérience. Et lui de me répondre, et bien détrompes-toi parce que tu viens de te vendre dans l'entrevue de façon exemplaire. LOL Je n'ai jamais percé dans la vente de produits, mais j'aime vendre mes idées et comme coach, j'ai à le faire très souvent autour de moi.

Comme entraîneur d'expérience, je pense que la vision autoritaire ne peut pas fonctionner dans l'entraînement sportif, encore plus vers le haut niveau: trop de ruptures, trop de démotivation, trop de déplaisir. J'ai donc adopté un style démocratique-coopératif-innovation. 


Ça prend un petit côté autocratique lorsqu'on n'aime pas les répétitions

En fait, j'ai quand même un petit côté vision autocratique, dans le sens que je prends la décision finale et c'est moi qui en ait la responsabilité. J'écoute très souvent les autres autour de moi: les joueurs, les autres entraîneurs, les parents, mes enfants (comme au début de ce texte), ma femme, etc. Depuis des années, je pratique l'art de ne pas garder mes idées fixes en coaching. Par exemple, je ne garde pas mes exercices et mes plans de séance en note parce que d'une année à l'autre, je ne veux pas refaire la même chose. Cela m'oblige à m'adapter aux athlètes et au groupe en question et à tenir compte de l'évolution de mon sport. Une fois mon idée faite ou renouvelée, j'essaie de la vendre, de convaincre un certain nombre d'athlètes et ensuite les athlètes convaincus m'aident à vendre et à convaincre les autres athlètes. Et la roue part pour une certaine période de temps.

Tout ça a eu aussi un gros impact sur mon style de coaching. Vu que je déteste répéter les mêmes choses, je déteste aussi que mes joueurs aient tous le même style de jeu. Je respecte et j'encourage les innovations de style et même les styles "fuckés". Vous voulez jouer avec un picot court, let's go. Vous voulez apprendre à "chopper de loin"; let's go. Vous voulez attaquer avec un picot long, let's go. Vous voulez ne jouer qu'en bloc et en contre attaque, let's go.


Mon approche de la technique vient de loin

Aussi si vous cherchez des points techniques communs chez mes joueurs, vous avez avoir de la difficulté à les trouver (sauf pour les principes de base bien entendu). Pourquoi ? Étant jeune entraîneur, j'ai été très influencé par un entraîneur qui m'a initié à l'approche d'un certain Timothy Gallwey. Je voyais cet entraîneur donner des paniers de balles à des joueurs et faire très peu de corrections techniques. De temps en temps il demandait aux joueurs de se concentrer sur un élément extérieur: une cible, la hauteur de la trajectoire, etc. Il envoyait différents types de balles à différents moments à l'athlète. Et je voyais bien que la technique du joueur s'améliorait très vite, mais je ne comprenais pas pourquoi et surtout ça allait à l'encontre de ce qu'on m'avait appris: il fallait donner le plus de feedback possibles. Aujourd'hui, les recherches ont démontré qu'il ne faut pas donner trop de feedbacks à l'athlète, que c'est nuisible. Nous savons aussi qu'il faut amener l'athlète à ce concentrer sur des éléments externes et non internes et que de cette façon sa technique se corrige plus vite. J'utilise et je crois encore en cette approche pour différentes raisons qu'il serait trop long d'élaborer ici. Cette façon de faire a plein d'avantages dont celui de développer des joueurs au style différent avec une technique très personnalisée. Mais, tout n'est pas parfait dans cette approche.

Cela amène souvent des "questionnements" chez mes nouveaux athlètes qui parfois doute même de ma façon de coacher ou de mes compétences techniques. Ils sont tellement habitués à recevoir plein de "feedbacks" qu'au début, ils se retrouvent démunis pour une bonne période de temps. La tentation est forte dans ce temps-là de laisser tomber mon approche personnelle et de leur donner des "feedbacks". J'ai le choix et c'est encore là un exemple d'équilibre instable.


Conclusion

Tout ça pour  dire qu'il n'y a pas pas de coach parfait, il y a des coachs qui ont développé un style personnel efficace en fonction de leur personnalité et de leur vécu et qui doivent s'adapter sans arrêt aux circonstances fluctuantes: donc ils sont toujours en équilibre mais instable ;-)


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Dernièrement, j'ai mis la main sur un libre qui s'intitule "Le mental des coachs"





Ce livre parle du mental des entraîneurs (et non de celui des athlètes comme à l'habitude), de leur vécu psychologique et de toutes sortes de sujets reliés à cet aspect.

Cela m'a fait réfléchir à mon propre mental de "coach" et m'a motivé à écrire une série d'articles sur le sujet.

Je conseille à tous les entraîneurs et tous les athlètes de haut niveau, ainsi qu'à toute personne intéressée, la lecture de ce livre... par exemple aux gestionnaires LOL









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