Accéder au contenu principal

Le mental des entraîneurs (partie 6): La vie d'un entraîneur est pleine d'émotions diverses

Dernièrement, j'ai mis la main sur un libre qui s'intitule "Le mental des coachs"




Ce livre parle du mental des entraîneurs (et non de celui des athlètes comme à l'habitude), de leur vécu psychologique et de toutes sortes de sujets reliés à cet aspect.

Cela m'a fait réfléchir à mon propre mental de "coach" et m'a motivé à écrire une série d'articles sur le sujet.

Je conseille à tous les entraîneurs et tous les athlètes de haut niveau, ainsi qu'à toute personne intéressée, la lecture de ce livre... par exemple aux gestionnaires LOL


--------------------------

Note importante:

Ceci n'est pas un article scientifique, c'est plutôt un partage de mon vécu personnel mélangé avec un peu de science. Il a pour but de susciter la réflexion et peut-être même la controverse au sein des lecteurs ;-) 

Je suis à peu près certains que certains entraîneurs et athlètes ne seront pas d'accord avec mes propos, mais bon... c'est mon vécu bien personnel et mes réflexions sont à prendre comme telle ;-)

--------------------------

Introduction

Être entraîneur sportif, c'est être plein de personnes en même temps. Vous êtes d'abord un enseignant et un entraîneur qui devez vous occuper des aspects techniques et tactiques chez vos athlètes. Puis vous êtes aussi un "coach" qui a pour rôle de voir au mental de ces mêmes athlètes pour les amener à "performer" à leur meilleur. Et enfin, vous êtes un manager qui planifie, organise, dirige et contrôle une partie de la vie de ces athlètes... plans d'entraînement obligent. 

En fait, votre rôle, c'est de les aider à atteindre leurs objectifs.

Pour tenir longtemps dans ce bizarre de métier, il faut viser le développement global de l'athlète, la recherche du progrès et de l'accomplissement plutôt que la recherche de la victoire. Sinon, quand la victoire n'est pas au rendez-vous, nous risquons de glisser vers la démotivation et l'abandon.

L'athlète pour bien "performer" a souvent, pour ne pas dire tout le temps, besoin d'un soutien de son entraîneur au niveau psychologique. Et l'entraîneur lui..., de quoi a-t-il besoin ? De la même chose...

Lui aussi a besoin d'un soutien au niveau psychologie sportive... donc nous discuterons de psychologie de l'entraîneur et non de l'athlète LOL au cours de ces articles.

Pour être un bon entraîneur, tout comme l'athlète, il faut avoir un psychologique optimal. Ce n'est pas facile de faire le pont entre l'émotionnel et le rationnel tant chez soi que chez l'athlète. Pas évident non plus de nouer des relations efficaces avec nos athlètes. Il faut savoir gérer plein de choses telles que leurs forces, leurs faiblesses, leurs émotions devant les victoires et les défaites, leur capacité à rebondir,  etc. ainsi que nos propres émotions et nos propres réactions face à plein de situations auxquelles nous devons faire face, situations qui provoquent souvent un trop plein d'émotions ou encore des émotions contradictoires.


La vie d'un entraîneur est pleine d'émotions diverses


Inimaginable comment vous finissez par vraiment bien connaître vos athlètes

Lorsque vous suivez un athlète vers le haut niveau, vous passez plus de temps avec lui dans une semaine que ses parents et ses professeurs. Souvent vous le suivez aussi depuis qu'il est enfant, vous l'accompagnez dans son adolescence et  parfois dans le début de sa vie d'adulte. En conséquence, vous finissez par vraiment bien le connaître.

Vous finissez par être intime avec les athlètes que vous suivez le plus longtemps parce que vous passez beaucoup de temps avec eux, mais aussi, vous finissez par bien connaître les parents et leur famille. Vous apprenez des choses (parfois on vous les confie ces choses) qui vous permettent d'aider et d'influencer positivement l'athlète.

Viens un temps où vous savez quoi dire pour "booster", pour calmer, pour motiver, pour recentrer votre athlète. Vous savez aussi quels mots durs vous devez parfois employer pour qu'ils se reprennent en main :-) 



Parfois, c'est presque de la communication à distance


Certaines de mes athlètes sentaient à distance si j'étais en train de les observer ou pas, même si je n'étais pas dans leur champ de vision LOL Incroyable, mais vrai...

Il suffit parfois d'un regard, d'un clin d'oeil ou encore que je tire la langue ;-) pour communiquer avec certains d'entre eux et leur faire comprendre ce que je pense.

Un mot, une phrase, un regard peut tout mettre en place mais ça peut aussi tout faire basculer, tellement l'athlète et l'entraîneur se retrouve parfois en équilibre sur un fils dans leur relation lors de certaines compétitions importantes parce qu'ils se connaissent trop bien. Je donnerai un exemple plus tard.




Intuition et humilité

Parfois, à certains moments, il arrive même que nous ayons l'intuition que nous ne sommes plus la personne qui convient et là, ça nous prend l'humilité nécessaire par aller demander l'aide d'un autre entraîneur ou d'une autre personne pour discuter avec notre athlète. Nous sommes à court de mots, d'idées, mais cet autre entraîneur ou cette autre personne qui est en dehors du problème trouve les mots justes qu'il faut pour notre athlète... C'est ça aussi connaître son athlète et se connaître soi-même. 

Souvent après un épisode de ce genre c'est mon athlète qui m'attrape dans un coin et qui me demande pourquoi j'ai envoyé tel entraîneur lui parler. Et de lui répondre, "ça a marché, non..." ? Et l'athlète de me répondre "Oui ça a marché..." et de me regarder bizarre. LOL



Parfois, comme entraîneur, nous dépassons les limites

Ils arrivent parfois que bien que l'on connaisse très bien nos athlètes, nous dépassions les limites et que nous nous trompions. Je me souviens d'un épisode de ma carrière que je n'ai jamais oublié et qui m'a servi de leçon et qui me sert encore. Je le donne souvent comme exemple dans mes formations d'entraîneur. 

J'étais jadis jeune entraîneur en manque d'expérience. Mon athlète (une fille) perd un match décisif contre une athlète contre qui elle n'aurait pas dû perdre. Elle était une des favorites de la compétition. Mais durant la saison, elle en avait fait à sa tête et n'avait pas respecté le plan d'entraînement. Dépité après le match, je lance sa bouteille d'eau vers elle et lui dit quelque chose de pas très gentil. 

Disons que cela a envenimé notre relation entraîneur-athlète pour un bon bout de temps (plusieurs mois) et en prime, plusieurs collègues athlètes féminines se sont données le mot pour me faire la vie dure après cet épisode aussi pendant plusieurs mois. Solidarité féminine j'imagine ;-) Je l'avais bien mérité... et je n'ai jamais refait une erreur de ce genre. Disons que je n'ai pas envie de subir un autre "boycott" féminin de ce genre LOL



L'athlète aussi fini par très bien connaître son entraîneur

Mais les gens n'imaginent pas non plus comment l'athlète finit lui aussi par vraiment bien connaître son entraîneur. Ils arrivent parfois qu'un athlète que l'on a trop brusqué pour le sortir de sa léthargie ou même qui est tout simplement déçu de ses performances et de ses résultats attaquent l'entraîneur, le rendent responsable. Et comme il connaît bien son entraîneur, l'athlète lui aussi peut faire très mal à son "coach". 

Parfois, vous sortez d'une compétition passablement amoché, plein d'idées contradictoires dans votre tête sur ce que vous auriez dû faire (et ne pas faire) et sur ce que vous auriez dû dire (et ne pas dire). Il faut apprendre à faire face à ces situations et se munir des outils appropriés et surtout à ne pas en vouloir à l'athlète et à le comprendre. J'avoue, ce n'est pas toujours évident ou facile.



La vie d'un entraîneur, c'est une vie remplie d'échecs entourés de quelques réussites

Une autre situation difficile à vivre pour l'entraîneur est celle de voir un athlète tout donné à l'entraînement et en compétition et que cela ne se concrétise pas en bons résultats. Parfois des facteurs sont incontrôlables comme par exemple le fait de jouer un adversaire qui cette journée là "joue au-dessus de sa tête" et vous sort de la compétition. Comment garder motiver l'athlète dans ces circonstances quand nous-mêmes sommes affecté par la situation ? Il faut maîtriser nos émotions et être parfois bon comédien l'espace d'un instant...

Vivre la vie de coach et d'entraîneur, c'est surtout vivre beaucoup d'échecs entourés de quelques victoires. Au début de ma carrière, je vivais et jouais le match de mon athlète comme si c'était le mien. Ce qui fait que je créais, sans le vouloir, encore plus de pression autour de l'athlète et de moi aussi par le fait même. Grâce à des entraîneurs d'expérience, j'ai fini par comprendre et saisir que ce n'était pas moi qui jouait, mais bien l'athlète. C'est le joueur qui gagne et qui perd et non l'entraîneur. De cette façon, je garde une certaine distance et j'évite de mettre davantage de pression sur mes athlètes et aussi sur moi.

Autre chose difficile comme entraîneur, c'est le fait qu'avec certains athlètes, malgré tout votre bon vouloir, vous n'arriverez jamais à établir le contact qu'il faut pour le faire progresser. Pourquoi ? Pour différentes raisons allant de l'environnement familial au fait qu'il y a incompatibilité de caractère. Pas facile à accepter, mais ça fait partie de la "game".



Pas facile de voir un de nos athlètes gagner !!!

Les victoires ne sont pas non plus quelque chose de facile à gérer. Certains athlètes gagnent, gagnent et gagnent encore. Vous les accompagné à chaque match et vous espérez avec eux que ça va continuer. Vous voulez les aider, vous voulez éviter de leur nuire. Parfois, vous faites comme les parents ;-) , vous sortez de la salle en plein match pour éviter de projeter trop d'émotions, surtout chez les athlètes avec qui vous communiquez à distance. D'ailleurs, dans une situation de ce genre, certains de mes athlètes ont déjà pensé que j'étais fâché après eux parce que j'étais sorti de la salle au cours d'un match. Disons qu'il a fallu une petite explication après coup. 

Et puis, la défaite arrive et c'est la fin... les brillantes victoires récentes qui viennent d'arriver n'ont plus d'importance, l'athlète vient de perdre. Rien ne sert de lui parler tout de suite, ça ira plus tard. 

Parfois, ça va jusqu'à la victoire ultime et là il faudra gérer l'après victoire, l'après compétition. L'athlète va se demander si elle sera capable de reproduire ce qu'elle vient d'accomplir. Ça ne fini jamais LOL



Il faut apprendre à gérer ses propres déceptions

Un entraîneur, un coach est par définition quelqu'un qui investit, qui donne beaucoup et ce parfois sans compter. Pendant que l'athlète se repose, l'entraîneur pense, imagine, discute, cherche la solution, discute avec d'autres entraîneurs, etc. Certains athlètes en sont conscient et d'autres non. C'est un peu comme dans la vie en général, certaines personnes sont conscientes et d'autres le sont moins. Et lorsque l'athlète perd sa motivation, se trouve d'autres occupations, vit sa vie d'adolescent ou n'investit pas assez d'énergie dans son entraînement; l'entraîneur est déçu et parfois ne comprend pas et réfléchit mal avec des pensées du genre: "après tout le temps que j'ai donné à cet athlète, pourquoi il me fait ça ?" 

Il faut apprendre, avec le temps, à donner sans espérer de retour... sinon on tombe rapidement dans le "burn out" du coach. Je dis et j'écris ça et après 36 ans, je tombe encore souvent dans ce panneau. Récemment, j'ai eu une sérieuse discussion avec une de mes athlètes à ce sujet et c'est mon athlète qui m'a remis, moi, dans le droit chemin ;-) LOL

Autre chose difficile à avaler, c'est l'athlète qui ne remet pas ce qu'il a reçu. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Comme entraîneur, vous avez besoin d'aide et de soutien pour développer vos jeunes athlètes et pour ça vous avez besoin de l'appui direct de vos athlètes les plus vieux et expérimentés et parfois ils ne viennent pas vous aider, ils ne viennent pas aux activités de développement du club et des plus jeunes. Certains font comme s'ils n'appartenaient pas au club;-( 

Et c'est difficile à avaler quand vous savez que ces athlètes ont été aidé dans leur jeunesse par d'autres joueurs qui étaient beaucoup plus fort qu'eux et qui ont pris le temps de jouer avec eux, de les développer. C'est dans ce sens là qu'ils ne remettent pas ce qu'ils ont reçu. Et c'est encore davantage décevant quand c'est un athlète de qui vous avez été très proche et avec qui vous avez travaillé de nombreuses heures, de nombreuses années. Comme entraîneur, cette situation peut être vraiment frustrante. Mais ça fait partie du métier, il faut accepter les athlètes comme ils sont... sinon ils vous rejettent et vous les perdez.



Heureusement, nous faisons aussi notre plein d'émotions positives

En fait, un de mes plus grands plaisirs comme entraîneur, est de voir mes athlètes grandir et maturer à travers mon sport qu'est le tennis de table. Je parlais précédemment de conscience chez les athlètes. Il est fascinant de voir certains jeunes évoluer au niveau tennis de table, mais aussi au niveau de leur personnalité et de leur conscience des choses et des gens. Vous commencez à suivre un athlète lorsqu'il a 11 ou 12 ans, vous le suivez, vous l'entraînez, vous le gérer ;-) Il grandit, il évolue, il apprend. Et puis un jour vous vous surprenez à discuter avec lui vers 15 ou 16 ans et  tout d'un coup ça vous "frappe dans le dash", vous avez presque l'impression de discuter avec un adulte tellement le jeune est conscient de lui, de la situation et des autres. Une fois la discussion terminée, vous osez penser que peut-être vous y êtes un peu pour quelque chose ;-) LOL

Il y aussi les moments où vous voyez un athlète réalisé quelque chose d'extraordinaire, une performance hors de l'ordinaire, quelque chose qu'il attendait depuis longtemps et qu'il n'espérait plus. Enfin, l'entraînement et les efforts rapportent ;-) Quelle joie...

Mais il n'y a pas que les compétitions. Certains athlètes ne feront jamais rien en compétition, ils le savent et ce n'est pas leur but. Tout ce qu'ils veulent, c'est progresser dans la maîtrise du tennis de table. Et j'ai vu certains de mes athlètes s'entraîner bien plus fort que mes athlètes compétitifs pour arriver à quelque peu maîtriser cette petite balle blanche qui ne fait jamais ce qu'on veut qu'elle fasse. Ils y sont arriver après de nombreuses heures d'effort. J'ai beaucoup de respect pour ce genre d'athlètes.



Une des choses les plus difficiles est de voir nos athlètes quitter un jour...

Une des choses les plus difficiles à vivre comme entraîneur est la séparation que vous devrez vivre un jour ou l'autre avec l'athlète. 

Certains athlètes que vous suivez depuis plusieurs années devront changer de milieu et changer d'entraîneur s'ils veulent continuer à se développer et petit à petit le contact devra se perdre pour que l'athlète puisse passer à autre chose. 

D'autres abandonneront la compétition et l'entraînement pour se consacrer à leurs études. 

D'autres encore décideront de prendre leur retraite parce qu'ils pensent avoir été au bout de ce qu'ils étaient capable de faire. Certains devront abandonner contre leur volonté pour cause de blessures. 

Vous vous habituez à leur présence continue et un jour, ils ne sont plus là. Parfois certains gardent le contact et deviennent des amis une fois adulte. D'autres quittent votre vie définitivement. Vous prenez votre courage à deux mains, vous regardez les athlètes plus jeunes qui sont à vos côtés et vous recommencez tout en restant nostalgique pour quelques mois ;-(

Tout ça, ça fait partie de ce drôle de métier qu'est le coaching ....



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Ferme les yeux et imagine une pomme. Tu vois quelque chose ? Moi, jamais.

L’aphantasie : ce que j’ai découvert sur mon cerveau après près de 50 ans de coaching Par Thierry Verviers Introduction Un jour, un entraîneur senior m’a enseigné un principe de base que j’ai retenu tout le restant de ma vie. « Tu ne peux pas mettre en application ou utiliser quelque chose que tu ne sais pas. » Ça semble plus qu’évident et pourtant, cette idée peut aller loin. Par exemple, j’ai découvert que j’étais myope en secondaire 2 (à l’âge de 13 ans) dans un cours optionnel de lecture rapide. Le professeur m’a fait venir à son bureau pour me demander pourquoi mes progrès étaient aussi faibles. Un exercice de ce cours consistait à voir un certain nombre de chiffres affichés sur l’écran et d’essayer de les retenir. Plus l’exercice avançait et plus le chiffre était large. Et je ne me rappelle pas bien pourquoi, le professeur m’a demandé jusqu’à combien de chiffres j’étais capable d’aller. Et moi, je lui réponds : « mais monsieur, je ne vois pas les chiffre à l’écran ». Je ne suis r...

"Coacher" un athlète atypique, le neuro-droitier.

J’ai commencé à rédiger cet article il y plus d’un an. Pour une raison inconnue, je ne l’avais jamais terminé. J’ai profité de quelques minutes de repos pour le peaufiner et le finaliser. Bonne lecture. Sommaire :                                                                                              Vous avez déjà eu un athlète difficile ? Le quotidien de l'entraineur et caractéristiques de ce type d'athlète Comment coacher efficacement un neuro-droitier L’évolution de l’enfant et de l’adolescent neu...

Comment la nouvelle balle de plastique en tennis de table affecte le jeu au niveau technique et tactique!!!

Téléchargez le rapport complet des tests effectués par les entraîneurs du club de Tennis de Table Prestige de Montréal Comment est-ce que la nouvelle balle affecte le jeu? Est-ce que je vais devoir faire des ajustements à ma technique ou mon jeu tactique à cause de la nouvelle balle ? Les caractéristiques de la nouvelle balle par rapport aux anciennes balles sont les suivants: (telles que testées par des joueurs expérimentés de différents niveaux au club Prestige de Montréal durant 20 heures de tests) ne sont pas poudreuses quand on les sort de l'emballage et la texture est différente ont un bruit différent (plastique) sont un peu plus grosses en moyenne ralentissent plus vite lorsqu’on joue à mi-distance tournent moins vite sont plus dures rebondissent de façon différente, de façon plus verticale et plus haut sortent plus vite de la raquette sont dans l’ensemble moins ronde ce qui nécessite un ajustement du timing semblent plus solide en usage normal cassent faci...