Il y a quelques mois, j’ai commencé à lire un des deux livres qui a le plus influencé ma vie: “Plaidoyer pour l’altruisme” de Mathieu Ricard… L’autre livre étant “Le pouvoir du moment présent” d’Echkart Tolle.
Ce livre fait l’apologie de l’altruisme comme étant une solution à beaucoup de nos problèmes humanitaires actuels. Et là, au fur et à mesure de mes lectures, je tombe de plus en plus sur des livres allant dans le même sens, surtout dans le monde des affaires.
Et là, une question est venue obséder mon petit cerveau à tête chercheuse. Est-ce qu’une personne altruiste et généreuse peut réussir dans le sport ? Après tout, dans le sport, c’est la compétition qui prime.
J’ai donc entrepris le projet de reprendre les idées d’Adam Grant exposées dans son livre "Le triomphe des généreux: comment l’altruisme peut conduire au succès" et de voir comment elles s’appliquaient aux athlètes et aux entraîneurs que j’ai connus au cours de mes 37 ans de carrière comme entraîneur sportif. Ce livre m’a inspiré une série d’articles que j’écrirai au cours des prochains mois.
Personnellement, je …. ;-) Disons que je suis naturellement socialiste et communautaire bien qu’étant un introverti qui aime la solitude. Pour moi, le sport est une école de vie plus que toute autre chose. Je vis en communauté et mon bien-être passe par le bien-être des autres. Quel est l’intérêt d’être heureux si le monde autour de soi est malheureux ?
Tout ça, c’est bien beau, mais comment ça tient la route dans une compétition sportive où il n’y a qu’un gagnant et un paquet de perdants? Mais est-ce bien ça la réalité de la compétition sportive ? Bonne question …..
Est-ce que gagner et partager peuvent coexister chez le même athlète ? Faut-il être égoïste, individualiste, prétentieux pour être le numéro 1 et gagner la médaille d’or ?
Adam Grant dans son livre catégorise les ambitieux (personnes qui veulent réussir) en trois types:
Le donneur, le preneur et l’échangeur. Ce sera intéressant de faire un parallèle avec les athlètes que j’ai connu au cours de ma carrière et même des entraîneurs et des parents. Eh oui, il y a aussi des entraîneurs et des parents qui sont prêts à tout pour la réussite de leurs athlètes ou de leurs enfants. Est-ce que c’est nécessaire ?
Pour l’athlète, l’entraîneur ou le parent donneur, réussir n’est pas une équation à somme nulle. Sa réussite, c’est aussi la réussite des autres. C’est la personne “mentor”, la personne d’exception qui amène les autres autour de lui à gagner et à se dépasser. Quel entraîneur de sport d’équipe ne cherche pas ce genre de personne? Le vrai leader qui traîne l’équipe avec lui et que tous les autres athlètes respectent. Et c’est la même chose dans les sports individuels. Chaque club est en fait une équipe.
Pour le preneur, si vous gagnez, il perd. S’il gagne, vous perdez. Sa victoire équivaut toujours à la défaite des autres. S’il entre en relation avec vous, c’est pour profiter de ce que vous pouvez lui apporter, point final.
Pour l’échangeur, c’est la transaction, c’est le commerce. Il vous donne de bon coeur, mais tout le temps dans l’espoir d’un retour au bon moment. C’est du donnant donnant et quand c'est possible du gagnant gagnant. C’est le retour d’ascenseur. Je te rends service, tu me rends service.
Voici quelques valeurs qui j’aime retrouver chez mes athlètes: patience, bonté, altruisme, humilité, gratitude, respect, courtoisie, empathie, générosité, persévérance, courage, etc. Après tout, un entraîneur sportif visant aussi l’éducation de ses athlètes devrait développer des qualités telles que celles-là chez ces derniers.
Et pourtant, je dois avouer que je vois aussi parfois des qualités contraires chez certains de mes athlètes comme l’égocentrisme, la vanité, l’ingratitude, l’égoïsme, la méfiance, la jalousie et bien d’autres. Pourquoi chez certains et pas chez d’autres ? Et parfois, ça évolue au cours de la carrière de l’athlète.
En fait, j’exagère quelque peu. Chaque athlète, chaque personne est un mélange de tout ça à des degrés divers, en fonction de sa maturité et de son expérience de vie.
Et pourtant, les athlètes, les entraîneurs et les parents donneurs savent inspirer les autres, susciter la motivation, etc. Bien qu’étant dans un milieu compétitif, elle favorise la collaboration. C’est comme si elles créaient de l’énergie autour d’elles plutôt que d’être des aspirateurs de l’énergie des autres.
Est-ce que c’est possible d’être “donneur” et “champion” et d’inspirer les autres ? À mon avis, la réponse est “oui”....
En fait la question est la suivante: est-ce qu’un athlète (entraîneur ou parent) gentil (donneur) peut gagner ? Beaucoup de personnes vous répondront que non et que c’est impossible.
Le preneur est une personne qui aime recevoir beaucoup plus qu’elle ne donne. Le donneur donne à l’autre sans se poser de questions. Dans le milieu du sport, il semble que nous y trouvons beaucoup plus de preneurs et peu de donneurs. Pourtant, je dirais plutôt que ce n’est qu’une croyance populaire.
À mon avis, un “donneur” peut réussir en sport et être champion. Pour illustrer mon propos, je donnerai deux exemples: un concernant les joueurs et un concernant les entraîneurs.
Prenons un des joueurs les mieux classés au Québec au cours des dernières années: Pierre-Luc Thériault. De par mes expériences en tant qu’entraîneur avec ce joueur, je suis prêt à le qualifier de “donneurs”. Je ne l'ai jamais entendu refuser d’aider un jeune joueur, un entraîneur ou un club. Juste à voir Pierre-Luc Thériault faire part de son savoir aux joueurs du sport-études au cours de ses visites à Montréal en est une illustration. Il aurait pu choisir de se reposer; eh bien non il a choisi de venir aider les jeunes d’un de ses anciens clubs.
Et au Québec les entraîneurs agissent souvent comme une équipe. Plusieurs des entraîneurs au Québec sont des donneurs. Il est fréquent que je discute avec des entraîneurs d’autres clubs de mes joueurs et joueuses et des leurs en même temps. Nous nous conseillons réciproquement sur quoi améliorer chez nos joueurs respectifs et sur le comment y arriver. Bien entendu, aux Championnats du Québec nous sommes des concurrents. Mais le reste de l’année et aux Championnats canadiens, nous sommes de précieux collaborateurs. Certains de mes joueurs m'apostrophent alors en me disant « Pourquoi tu lui as dit ça ? » . LOL
Et vous, êtes-vous un donneur, un échangeur ou un preneur ? En fait, nous sommes tous un peu des deux ou des trois.
Pensez à vos comportements, ils sont différents au travail et dans votre milieu familial. Vous trouverez des personnes qui sont “preneurs” dans leur vie professionnelle et qui sont “donneurs” dans leur milieu familial. Ils donneront sans compter pour appuyer leurs enfants ou leur conjoint. Pas besoin d’être Gandhi ou Mère Teresa pour être un donneur.
Pour conclure, je vous conseille vivement la lecture de ce merveilleux livre qui remettra en question un paquet d’idées reçues et répandues.
Et n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires...
Références:
Le triomphe des généreux: comment l’altruisme peut conduire au succès, Adam Grant, Éditions Transcontinental: Les affaires, 2014
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