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Le développement des filles au club Prestige au cours des 5 dernières années

Club Prestige: Le développement athlètes féminins au cours des 5 dernières années (Chronique administrateurs de clubs et entraîneurs)





Dernièrement, en discutant avec un groupe d'entraîneurs et de parents au cours d'un stage, je me suis rendu compte que la façon de procéder appliquée par le club Prestige pour le développement de ses joueurs féminins aurait avantage à être connue par les autres clubs du Québec.

Pourquoi?

Prenons d'abord le temps d'analyser le tableau suivant....




    Bilan des joueuses sur l'Équipe du Québec par club au 25 novembre 2016:

  • Prestige: 5 
  • Laval: 2
  • Drummondville: 1
  • Repentigny: 1
  • Granby: 1

Plusieurs questions se posent après l'examen de ces données.
  • Comment le club Prestige en est-il arrivé à avoir la moitié des joueuses de l'Équipe du Québec? 
  • Et quelle est l'utilité d'un tel développement féminin ? 
  • Et pourquoi mettre tant d'énergie sur le développement des "filles"?




Quelle est l'utilité d'un tel développement féminin ?

La réponse est très simple.

Beaucoup de types de subventions (Fédération, ville de Montréal) sont accordées, en partie, sur le calcul du nombre de joueurs que le club a réussi à classer sur l'Équipe du Québec. Par exemple, au centre Claude-Robillard qui est un environnement de clubs "Élites", le club Prestige est très bien vu et bien classé à cause du grand nombre d'athlètes qu'il a réussi à qualifier sur l'Équipe du Québec.
Nous en avions 7 la saison dernière: 2 gars et 5 filles. Avec le départ d'Edward Ly, il ne nous en reste plus que 6 dont 1 seul gars.

On peut tout de suite voir qu'il y a une disproportion entre le nombre d'athlètes masculins et féminins que le club Prestige a réussi à qualifier sur l'Équipe du Québec. Et pourtant la majorité de ces membres sont masculins et le nombre de joueurs féminins du club suit la tendance québécoise autour de 15%.






Pourquoi mettre tant d'énergie sur le développement féminin ?

Au cours des 5 dernières années, le club a mis beaucoup d'énergie sur le développement de ses pongistes féminines. Pourquoi avoir choisi une telle voie?


C'est très simple à comprendre suivant deux petits principes.


  • Une femme sur l'Équipe du Québec vaut autant de points qu'un homme pour n'importe quel type de subventions.
  • Une médaille remportée par une femme vaut autant que la médaille remportée par un homme pour la société, le gouvernement et les journalistes. 


De plus, il est beaucoup plus facile et plus rapide de développer une athlète féminine de haut niveau qu'un homme. Sur le nombre total de pongistes au Québec, 15% des joueurs québécois sont de sexe féminin. Elles sont donc moins nombreuses, donc il y a moins de concurrence. 

Ensuite, une femme a besoin d'à peu près  1000 de cote pour avoir une chance d'être sur l'Équipe du Québec alors que chez les hommes ça tourne autour de 2000 de cote.

Donc la raison du pourquoi mettre autant d'énergie sur le développement féminin est assez simple à comprendre. Par contre, une difficulté majeure subsiste au niveau de développement féminin.

Pour pouvoir mettre une fille sur l'Équipe du Québec, il faut la garder assez longtemps. Ce qui n'est pas évident étant donné que le tennis de table est avant un tout sport prioritairement masculin au Québec.
 




Comment le club Prestige en est-il arrivé à avoir la moitié des joueuses de l'Équipe du Québec dans ses rangs ?

Le club Prestige compte dans ses rangs un entraîneur spécialisé en "entraînement des filles". Au cours des 20 dernières années, Thierry Verviers a suivi plusieurs formations, lu beaucoup de livres sur le sujet, cherché sur internet ce qui se faisait dans les autres clubs et expérimenter toutes sortes de méthodes.

De par l'intermédiaire de ses entraîneurs, Diego Ramirez et Thierry Verviers, le club Prestige a décidé il y a quelques années de mettre en place différents moyens pour favoriser le développement féminin.

Les moyens choisis étaient assez simples à mettre en place:
  1. Nommer un entraîneur spécifiquement responsable des "filles", en l'occurrence Thierry était chargé de suivre les filles du club.
  2. Créer un "groupe fille" le mercredi soir où les filles plus jeunes et/ou de moindre calibre étaient invitées à venir s'entraîner entre elles avec un entraîneur spécifique: principalement Thierry mais aussi Mariana Montoya, Diego et d'autres entraîneurs.
  3. Appliquer les principes du "coaching de filles" dans l'entraînement et l'encadrement des filles.
Nommer un entraîneur d'expérience responsable des filles était assez facile parce que le nombre de filles inscrites au club est très limité. Il est assez facile de suivre de près un groupe de 10 à 12 filles. Il aurait été plus compliqué de faire le même type de suivi si les filles avaient été aussi nombreuses que les gars du club.

Créer un groupe spécifique pour les filles de moins d'expérience le mercredi soir a été assez simple puisque nous avions des tables disponibles le mercredi pour tenir ce groupe. Plusieurs filles sont passées par ce groupe au fils des années. Je pense à Marika, Adina, Mariana et Sidonie qui sont toutes présentement sur l'Équipe du Québec. En général, elle faisait le groupe pendant 1 an ou deux pour ensuite intégrer le groupe d'entraînement normal du mercredi soir. 

Cette façon de faire donnait le sentiment aux filles qu'elles étaient importantes pour le club. C'était important de faire ça parce ce que souvent, dans les autres groupes, elles étaient noyées par la majorité de gars. Une fois que la fille avait acquis assez d'expérience et était vraiment orientée vers la performance et qu'elle avait sa propre motivation, elle n'avait plus besoin du groupe. Quoi que de temps à autre, on peut voir une "vieille" venir s'entraîner avec les plus jeunes le mercredi soir.

Appliquer les principes du "coaching de filles" est plus complexe. Il faut connaître ses principes et les appliquer vraiment au quotidien. L'application de ces principes demande un entraîneur dévoué et motivé par le développement féminin et qui est prêt à mettre du temps dans le soutien des filles.


Les principaux principes à connaître et à appliquer sont les suivants:

Premier principe: 
"Coach moi comme un homme, mais traite-moi comme une femme..."
Mia Hamm, joueuse de soccer

Les exercices, les styles de jeu, la technique et même les exigences physiques n'ont pas à être différents pour les femmes. L'entraînement peut-être quasi le même en gymnase. Par contre l'approche, l'encadrement, ça c'est complètement différent.

Deuxième principe:
"Les athlètes ne se soucient pas de combien vous savez de choses jusqu'à ce qu'ils sachent combien vous vous souciez d'eux." 
Coach Wooden


Si vous voulez garder des filles dans votre club, il va falloir faire plus que les entraîner. Il va vous falloir établir un contact personnel avec chacune d'entre elles, les rencontrer individuellement et même s'intéresser à leur vie hors tennis de table. Vous pourriez même être appelé à les aider... Il faut qu'elles sentent que l'entraîneur et le club se soucient d'eux.

Troisième principe:
Filles: doit d'abord faire partie du club avant de se donner à l'entraînement
Garçons: doit se donner à l'entraînement afin de faire partie du club

Les nouvelles filles adopteront votre club si elles se font des amies rapidement. Il est donc très important d'intégrer les nouvelles arrivantes très rapidement avec les joueuses régulières du club pour qu'elles puissent établir des relations d'amitié.

Les filles resteront dans le club si elles y trouvent leur sentiment d'appartenance, leur part de "social" qui passe souvent par les amitiés avec les autres filles du club. Il est donc important de laisser la place au "sous-groupe fille" à l'intérieur des groupes où les gars sont souvent majoritaires.

Quatrième principe:
Filles: le plaisir amène le dépassement qui amène la performance
Garçons: le dépassement amène le plaisir qui amène la performance

Il est important que les filles aient du plaisir à l'entraînement. Ce plaisir peut venir de l'entraînement lui-même, mais il viendra beaucoup plus souvent de par leurs amitiés et le social du club. Il faut leur donner des pauses où elles peuvent interagir avec les autres filles du club.

Il faut aussi que les entraînements soient "le fun", elles doivent avoir du plaisir à s'entraîner.

C'est seulement à partir de ce moment-là que la fille va décider de traverser dans le dépassement de soi et ensuite dans la performance.





Pour les entraîneurs et administrateurs qui seraient intéressés à en savoir plus sur le sujet, je vous invite à lire un article de fond sur le sujet:




Comme entraîneur responsable du volet féminin au club Prestige, j'ai appliqué ces principes au cours des 5 dernières années. Cette approche n'est pas parfaite, mais elle semble avoir donné de bons résultats.

Par contre, elle demande beaucoup d'investissement personnel et de temps. Je dis ça pour les entraîneurs intéressés. 

Je me souviens de la remarque de Marles Martin, entraîneur responsable des stages de l'Équipe du Québec, qui a aussi été entraîneur de l'équipe Femme du Brésil: "Thierry, ton approche avec les filles est excellente. Continue ton bon travail, c'est vraiment ça qu'il faut faire. Par contre, je ne changerais pas de place avec toi"  ;-)






Conclusion

Certes, si on regarde les résultats du tableau du début, tout semble avoir fonctionné à merveille pour le club Prestige. 

Ce n'est malheureusement pas le cas. 

Nous avons au cours des années perdu des jeunes filles qui avaient le potentiel et le talent d'atteindre le haut niveau. Certains noms me viennent à l'esprit spontanément: Meng, Maria, Marika V. et d'autres aussi..

Nous avons aussi perdu des filles de haut niveau au cours de ces mêmes années. On a qu'à penser à Annie Coulombe qui a été championne canadienne junior et qui aujourd'hui ne pratique plus le tennis de table.

Nous n'avons pas non plus réussi à garder nos joueuses seniors; elles sont presque totalement absentes au club Prestige.

Le club n'a donc pas réussi à répondre aux besoins de ces filles ou de ces femmes et nous n'avons pas réussi à les garder dans le tennis de table.

Un autre problème est aussi apparu au fils des années. La discrimination positive dont jouissaient les "filles" de par cette approche ne faisait pas l'affaire de tout le monde et cette façon de faire était critiquée par certains joueurs et parents. Ça a parfois été jusqu'à avoir un effet négatif sur la "réputation" de l'entraîneur responsable du suivi des filles: "lui, il ne s'occupe que des filles".

Après réflexion et en faisant le bilan de ces 5 années, je me rends compte que j'aurais dû prendre le temps de publiciser et expliciter davantage l'approche de façon régulière à chaque saison, aux entraîneurs, administrateurs, joueurs et parents pour éviter cet effet négatif. J'ai eu tort de prendre pour acquis que les gens étaient au courant de l'approche et de son pourquoi. 

C'est une autre leçon à ajouter à mon approche "coaching de filles" pour les années à venir.





 

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