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Faut-il vouloir gagner à tout prix pour devenir un "champion" ?

Psycho sportive: Faut-il vouloir gagner à tout prix pour devenir un "champion" ?


Une excellente question à laquelle il n'est pas si simple de répondre, même pour un entraîneur d'expérience.

Je me souviens d'avoir lu une parole de Tiger Woods il y a quelques années qui disait à peu près ceci:
"Si vous croisez quelqu'un qui vous donne une gros câlin après que vous veniez de le battre en vous disant "Formidable, on s'est bien battu"; et bien cette personne devrait changer de métier."



"Gagner, il n'y a que ça qui compte vraiment!"


Dans le public en général, cette petite phrase semble être devenue un principe de base à enseigner à tout athlète qui veut devenir un "vrai champion".

Après tout, gagner n'est-ce pas le but du jeu? Il faut se sentir "obligé" de gagner pour pouvoir offrir une performance digne de ce nom.

Vous êtes d'accord avec ça?

Une autre parole me revient en tête, celle de John McEnroe qui parlait de sa carrière de champion de tennis en disant à peu près ceci:

"Tout était centré sur le fait que je devais gagner à tout prix. Pendant 4 ans,  j'ai été le plus grand au tennis.
Mais une question me venait tout le temps à l'esprit.
Si je suis le meilleur joueur de tennis au monde, pourquoi est-ce que je me sens si vide à l'intérieur ?"

Après tout, comme nous l'avons dit précédemment, gagner n'est-ce pas le but du jeu?

Je pense qu'on ne peut plus parler de jeu lorsqu'on veut gagner à ce point, c'est comme si notre vie en dépendait. Et souvent on risque de gâcher notre vie en tenant ce principe pour acquis.


Pourquoi des athlètes veulent-ils gagner à ce point ?


Un entraîneur d'expérience vous dira qu'un athlète qui veut gagner à ce point est souvent quelqu'un pour qui la victoire cache autre chose.

Pour beaucoup, le fait de gagner sert à se faire reconnaître, à se faire respecter par leurs pairs. Ça sert aussi à être capable de davantage se respecter soi-même. Tout ça, très souvent, pour cacher autre chose: un complexe, une maladie, etc.

La victoire devient une obsession, une "addiction". On n'a pas le choix, il faut gagner. Et la défaite devient inacceptable, une catastrophe, un puits sans fond.

Et si on se remémore la parole de John McEnroe, en fait un tel champion cherche à combler un vide en soi. Souvent il finit par développer un ego vraiment très gros qui en réalité lui sert à cacher une souffrance, son angoisse intérieure.

Et pourtant, le public en général croira dur comme fer que pour gagner il faut absolument se sentir investi d'une "mission de vie ou de mort".



Mais est-ce le seul moyen d'arriver à gagner ?


L'entraîneur d'expérience vous dira que cette attitude fonctionne avec un très petit pourcentage de la population et que ce type d'athlète sortira de sa carrière sportive très "diminué"... Souvent, il se retrouvera en dépression une fois sa carrière terminée.

Chez la plupart des athlètes, vouloir gagner à tout prix amènera ce dernier à un niveau de stress qui l'empêchera non seulement de gagner, mais aussi de bien performer tout simplement.

Et lui aussi sortira de sa carrière sportive avec une estime de soi diminuée non seulement parce qu'il n'aura pas gagné, mais aussi parce que dans son for intérieur il gardera toute sa vie en mémoire qu'il n'a jamais réussi à vraiment jouer "à son vrai niveau".

L'autre approche à considérer est peut-être l'approche que l'on peut qualifier de "zen".


Pourquoi, avant une compétition, ne pas amener l'athlète à s'accorder la possibilité de perdre ?



L'expérience démontre que chez l'athlète qui fait partie de l'autre partie de la population, le fait d'accepter de pouvoir perdre le soulage d'une partie de la pression et lui permet de mieux performer.

En fait, c'est en envisageant le pire qui pourrait arriver et en relativisant cette "situation du pire" que l'athlète jouera à son véritable potentiel en se donnant le droit à l'erreur, en se détachant de l'enjeu de la victoire/défaite.

L'état de "flow", vous connaissez? C'est l'état décrit par certains athlètes ayant battu des records. Cet état n'est pas un état de stress. C'est un état de lâchez-prise, de relâchement et de confiance. L'athlète se laisse aller et il performe à son véritable potentiel.

L'athlète se dira des choses comme:

  • Le pire qui pourrait arriver, c'est de perdre.
  • Perdre, ce n'est pas si grave.
  • J'ai le droit de ne pas être parfait, la perfection n'existe pas.
  • Je joue mon jeu, je me concentre là-dessus.

L'entraîneur lui prodiguera les conseils suivants:

  • C'est ta première finale, mais ne t'en fait pas il y en aura d'autres.
  • Prends cette partie comme une étape dans ta carrière.
  • Joue point par point.
  • Applique ton plan de match, c'est ça qui est important pour progresser.
  • Pense à ton jeu et non à la victoire.
  • Laisse-toi aller, laisse sortir l'artiste en toi quand tu joues.
Tout ça amènera l'athlète à tranquilliser son esprit, à calmer son "hamster intérieur", à court-circuiter la partie qui pense trop, à arrêter de se juger sans cesse et à stopper son doute intérieur. Et l'action suivra... Il jouera souvent son "vrai" niveau et même plus.


Le voyage compte plus que la destination!


En fait il faut amener l'athlète à se concentrer sur le chemin, sur la manière d'arriver au résultat plutôt que sur le but qui est la victoire.

Après tout, pour une majorité de sportifs, le résultat se prépare vraiment dans le gymnase avant la compétition et pas tant que ça le jour même de la compétition.


De cette façon, le sportif de compétition se détourne du duo victoire/défaire pour se concentrer sur sa performance, sur lui-même, en fait sur la chose qu'il peut vraiment contrôler.

D'accord, il faut du temps pour arriver à changer l'état d'esprit d'un athlète, surtout d'un jeune athlète.

Voir:

Par contre cet état d'esprit change tout, même la façon dont l'athlète à la retraite considérera sa carrière.

En ayant été concentré sur le voyage, il se sera fait davantage plaisir. Il n'aura pas sacrifié sa vie ou son adolescence à son sport et il aura appris plein de choses sur lui-même tant par ses victoires, ses défaites que son vécu à l'entraînement.


L'illusion de la toute-puissance (conclusion)

"La victoire, c'est tout ce qui compte" est peut-être un mythe après tout?

L'expérience démontre souvent que le fait de vouloir gagner à tout prix est en fait un gros piège qui empêchera la majorité des athlètes de se laisser aller et ainsi de "jouer" à leur plein potentiel.



Pour développer davantage vos connaissance sur ce sujet:


- Le livre "Champion dans la tête" de Français Ducasse et Makis Chamalidis

- La thérapie de l'acceptation

- Le mindfulness (pleine conscience) en sport


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