Aucun athlète, aucun entraîneur ne contestera que la maîtrise de la concentration et de l'attention est primordiale pour un athlète. Par exemple, si l'attention est centrée sur la mauvaise chose, peut-être en résultera-t-il un mauvais choix tactique et la perte du point pour un pongiste de haut niveau ?
Mais la compréhension et la maîtrise de l'attention sont bien plus complexes que de prime abord. Posons cette simple question: si je viens de faire une erreur, un mauvais choix, est-ce que la solution est de me concentrer davantage, de faire davantage attention ? La réponse logique et évidente, c'est oui. Et pourtant... ce n'est pas si évident que ça.
Depuis plusieurs décennies, l'approche traditionnelle de la psychologie sportive était orientée sur la visualisation, l'imagerie mentale, la gestion du stress et de l'anxiété par le contrôle des pensées et des émotions. Depuis quelques années, une 3e vague a émergé en préparation mentale basée en grande partie sur les thérapies cognitivo-comportementales et les méthodes de méditation comme celle dite de la pleine conscience. En résumé, la philosophie générale en arrière de ces méthodes est assez simple. L’athlète ne cherche plus à remplacer ou contrôler ses pensées et se émotions négatives. Il en prend conscience, il les accepte, il les vit pour ensuite se « re-focuser » sur la tâche.
On assiste donc à une pratique accrue de différentes méthodes de méditation en préparation mentale depuis quelques années. Ces pratiques ont des effets sur la façon dont l'athlète réagit au stress, à l'anxiété, mais aussi sur son attention et sa concentration.
Et c'est le sujet de cet article.
Le clignement attentionnel, qu'est-ce que c'est ?
Commençons par la notion de clignement attentionnel. C'est le phénomène qui fait que lorsqu'un stimulus capte notre attention, nous ne remarquerons pas les autres qui apparaîtront dans les fractions de seconde après.
Par exemple, nous faisons défilés sur un écran une série de lettres X, Q, L, P, U, X, W, A, Z, U et de temps à autre un chiffre apparaît dans la série de lettres X, Q, L, P, U, 3, X, W, A, 8, Z, U. Suivant les recherches, si le 2e chiffre apparaît une demi-seconde après le premier, la plupart du monde remarqueront le premier chiffre (3) mais pas le deuxième (8). Leur attention aura cligné. Les chiffres étant la cible à repérer, lorsqu’il y en a un qui apparaît, cela mobilise leur cerveau qui prend un certain temps à revenir à l'état qui lui permet de percevoir de nouveau un chiffre. Plus sa période de clignement attentionnel est longue, plus la personne risque donc de manquer des informations importantes.
Ce n'est pas trop difficile de faire le parallèle avec un pongiste qui se concentrerait sur l'orientation des épaules de son adversaire et qui ne verrait pas le poignet de ce dernier casser et ainsi se ferait avoir par la feinte: clignement attentionnel.
Face à ce problème, la réaction normale serait de se concentrer davantage pour bien percevoir les deux indices l'un après l'autre: les épaules et le poignet. Mais est-ce bien ce qu'il faut faire ? Est-ce bien ce qu’il faut recommander à l’athlète ?
Méditation et ressources attentionnelles
Si nous comprenons bien ce qui se passe, nous nous apercevons que le cerveau de la personne qui cherche à repérer des chiffres parmi les lettres, met tellement de ses ressources d'attention pour détecter la première cible qu'il ne lui en reste plus pour la deuxième.Et pourtant, certaines recherches ont démontré que certaines personnes n'avaient pratiquement aucun clignement attentionnel. Ce sont des personnes initiées à certains types de méditation qui ont une sorte de conscience non réactive. Elles peuvent percevoir les stimuli dans un tel état de sérénité mentale que leur cerveau ne tombe pas dans le clignement attentionnel. Elles manquent donc beaucoup moins de stimuli que les personnes dites normales et ce même face à des stimuli émotionnellement importants susceptibles d'accaparer l'attention de cerveau plus longtemps.
Selon une certaine hypothèse, le cerveau investirait trop de ses ressources d'attention dans la première cible, le premier chiffre. Donc si vous parvenez à limiter la quantité d'attention nécessaire pour détecter la première cible, il devrait en rester assez pour la seconde cible et l'attention de la personne ne clignera pas.
Et c'est ce qui arrive chez les personnes qui pratiquent la méditation "vipassana" que l'on peut définir comme la méditation de "l'attention nue". Cela consiste à diriger son attention sur nos pensées, nos émotions, nos sensations, sans juger quoi que ce soit, sans s'en préoccuper. On en prend conscience et on les laisse passer.
Ce type de méditation réduit la quantité de ressources attentionnelles dont la personne a besoin pour détecter la première cible et en laisse davantage de disponibles pour détecter la deuxième; ce qui en fait enlève le clignement attentionnel. Certaines recherches démontrent une augmentation de détection de la 2e cible de 33% après seulement 3 mois de pratique.
Surinvestissement excessif de l'attention
Plus étonnant encore, c'est les résultats de la mesure de l'activité cérébrale des pratiquants de la méditation. Quand l'individu réussissait à repérer le 2e chiffre, la région du cerveau reliée à l'attention était moins active lors du repérage du premier chiffre que lors des tests effectués avant les 3 mois de méditation. Cela tendrait à prouver l'hypothèse du surinvestissement excessif de l'attention pour repérer la première cible donc le premier chiffre.Qu'est-ce que cela signifie pour les sportifs ? Cela expliquerait l'impression de certains athlètes de haut niveau de mieux percevoir les situations de jeu lorsqu'ils sont détendus, comme légèrement distraits. Il semblerait que le niveau optimal d'attention ne soit pas toujours le plus intense. "Le mieux est l'ennemi du bien" dans ce cas-ci ;-)
Chez les athlètes, les performances les meilleures seraient atteintes lorsqu'ils lâchent légèrement prise et qu'il laisse leur cerveau faire le travail. Donc se concentrer davantage, faire plus attention ne serait pas la solution. Il faudrait davantage viser la relaxation et le lâcher prise.
L'attention sélective
Un autre avantage des athlètes pratiquant la méditation se situe au niveau de l'attention sélective. C'est la capacité de l'athlète à se concentrer sur certains stimuli aux dépens d'autres. Vaut mieux pour le pongiste qu'il se concentre sur la trajectoire de la balle que sur les joueurs qui circulent à côté de sa surface de jeu.Après 3 mois de pratique, il y a une amélioration non seulement dans la détection des bons stimuli, mais aussi dans la stabilité de la performance avec une diminution des temps de réponse et aussi de leurs variations.
Mais ce sera là le sujet d'un autre article: l'effet des pratiques de méditation sur l'attention sélective des athlètes.
Références:
Le Cerveau attentif: Contrôle, maîtrise et lâcher-prise
Par Jean-Philippe Lachaux
https://www.amazon.ca/CERVEAU-ATTENTIF-CONTR%C3%94LE-MA%C3%8ETRISE-L%C3%82CHER-PRISE/dp/2738129277/ref=sr_1_2?s=books-en-francais&ie=UTF8&qid=1533577273&sr=1-2&keywords=jean-philippe+lachaux
Les profils émotionnels
Par Richard Davidson avec Sharon Begley
https://www.amazon.ca/profils-%C3%A9motionnels-Richard-Davidson-ebook/dp/B07D16KM7B/ref=sr_1_1?s=books-en-francais&ie=UTF8&qid=1533577315&sr=1-1&keywords=richard+davidson
Site web: La méditation vipassana
https://www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=meditation-vipassana_th
Site web: Méditation sportive: le cerveau à l'entraînement
http://www.lecollectif.ca/meditation-sportive-cerveau-a-lentrainement/





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