En tant qu'athlète de haut niveau, on accepte jamais la défaite. On cherche la victoire. On s'entraîne pour la victoire. On apprend à se connaître pour mieux gagner.
En tant qu'entraîneur, c'est la même chose. On entraîne les jeunes espoirs pour qu'ils gagnent. On leur apprend à se découvrir pour qu'ils gagnent davantage. On leur apprend à maîtriser leur mental pour qu'ils puissent gagner encore plus.
Mais peut-être est-ce l'inverse finalement ? Peut-être cherche-t-on la victoire pour mieux se connaître ? Peut-être entraîne-t-on nos athlètes pour qu'ils apprennent à mieux se comprendre, pour qu'ils apprennent à mieux vivre, pour qu'il fasse de ce monde un monde meilleur ?
C'est l'histoire d'une sélection qui ne passe qu'à tous les 4 ans, histoire d'une sélection qui laisse parfois des cicatrices qui durent des années chez certains, histoire d'une sélection qui amène parfois des découvertes incroyables.
C'est l'histoire d'une athlète et d'un entraîneur, d'une relation entraîneur-joueur qui dure depuis près de 7 ans. C'est l'histoire d'une jeune athlète qui s'entraîne plus de 15 heures par semaine depuis l'âge de 8 ans. C'est l'histoire d'une jeune athlète qui appelait parfois son entraîneur "Papa" lorsqu'elle était plus jeune. C'est l'histoire d'une petite fille qui mordait plein de monde et qui est maintenant devenue "grande" tant physiquement, mentalement que moralement ;-)
Arrive la fin de semaine de la sélection quadriennal. La destination l'intéresse plus ou moins. Ce qui la stresse, c'est la route. Elle veut bien performer dans ses matchs parce qu'elles jouent des filles. Elles jouent tellement peu souvent des filles durant la saison régulière. La destination a plus ou moins d'importance. Elle veut bien performer dans ses matchs, c'est ça qui la stresse.
La première journée commence. Elle arrive en retard. Problème de lift, problème de conductrice. Heureusement, elle est arrivée 5 ou 6 heures avant son premier match qui est en après-midi. Comme toujours, gros sourire, de bonne humeur. Elle blague avec ses entraîneurs et ses amies. Elle se prépare bien, minutieusement, fait tout ce qu'elle a appris, consciencieusement.
Arrive le premier match. La douleur de la vieille blessure réapparaît. Pas de problème, crème et pilule et on joue comme on l'a fait tout le long du dernier championnat canadien. Et on doit se rendre à l'évidence, on s'aperçoit qu'on ne joue pas bien, qu'en fait on joue même mal. Pas de problème. On frustre, on fait des grimaces, on a parfois l'air d'un petit chien qui pleure, mais on ne lâche jamais. De peine et de misère on se rend là où on devait se rendre, en demi-finale. Avec un surplus d'énergie, on réussit à aller chercher un set, mais on manque de jus et on perd 1-3.
Suite remise au lendemain.
Cette fois-ci on évite les problèmes de lift. L'entraineur va la chercher chez elle pour arriver tôt et faire des ajustements mineurs dans le jeu et la tactique. On pratique les ajustements et on les mets en place.
Arrive le premier match de journée où nous sommes favorite. Tant bien que mal, on s'aperçoit qu'on ne joue toujours pas très bien, et même qu'on joue mal. Encore. Tant que bien que mal, on s'accroche, on frustre, on engueule son entraîneur au passage. On l'écoute, on redevient calme et on fini par aller là où on devait aller, en demi-finale. Encore contre la même adversaire, contre la même bête noire. On part en catastrophe, 3-11. Un massacre au premier set. On révise le plan de match. On en applique une partie, mais défaite serrée quand même, 9-11. Mais, ça se sent, on continue à mal jouer.
Changement de tactique d'un commun accord. L'entraîneur propose: "oublies le plan de match, ton moi 2 est tout mélangé, laisses-toi aller, laisses-toi jouer." On y retourne. C'est mieux, on joue un peu mieux. Mais encore une défaite serrée, 11-13.
On décide de prendre ça plus relaxe, de se détendre, de faire ce qui nous donne de l'énergie. Côtoyer les autres, rire avec eux. On réduit les plans de match au strict nécessaire pour désencombrer le cerveau. On réduit les pratiques pour économiser la blessure vu que les douleurs s'accentuent.
Arrive la dernière ronde qui comportent beaucoup plus de matchs que les autres rondes. Et oui, il y a des poules cette fois-ci :-( Très mauvais pour la blessure, pour la fatigue. Pas grave, on y va.
Arrive le poule de 3. Premier match du poule où on est favorite. Des hauts et des bas, rien de constant. On continue à mal jouer, mais on s'en sort même si l'adversaire nous avait déclassé au 2è set.
Deuxième match. Une autre bête noire contre laquelle on a perdu confiance à cause d'un match perdu il y a quelque temps. Comment faire pour gagner si on joue mal ? Un match marathon. On joue bien au 4è set. Tous les autres sets, on sent qu'on est pas dedans. On va chercher au fond de soi pour gagner le 5e set 12-10. On continue à mal jouer, mais on réussi à trouver des façons de s'en sortir. Des hauts et des bas sans arrêt.
On fini par atteindre la dernière finale, la dernière chance, contre la même bête noire, la meilleure amie. Cette fois-ci, le cerveau est libre de jouer. Un premier set incroyable. Le plan de match de ce matin sort alors qu'on ne l'a même pas révisé. Et les "bas" reviennent sans prévenir. Massacre au deuxième set. Ça revient quelque peu au troisième set. Défaite serrée. On repart en lion au 4ème set avec quelques ajustements au plan de match. On mène 10-7. On se fait remonter.
Et puis confusion dans le time-out. On commence par le refuser. L'adversaire est déjà parti pour le timeout. On décide de le prendre, après tout quelle importance. Discussion pas très claire au niveau du service à faire. Manque de confiance qui paraît dans l'exécution. Dernier point, balle haute molle qui semble facile. Smash en dehors comme c'est arrivé tellement souvent dans la fin de semaine. Défaite crève coeur 10-12. C'est terminé.
La frustration s'empare des esprits de l'athlète et de l'entraîneur. Un gros 5 minutes...
Après la bonne humeur revient chez l'athlète, et par ricochet chez l'entraîneur. Quelques excuses à son coach pour avoir été un peu raide dans quelques commentaires au cours de la journée. Sourires, jokes réciproques et c'est terminé. On passe à autre chose.
Quand même, l'entraîneur accroche son athlète avant le départ de la compétition. Il se doute de quelque chose. Il veut en avoir le coeur net. Il lui pose une question secrète, une question qui demande une réponse franche. L'athlète lui répond très sincèrement, très franchement, naturellement, comme toujours: "bien oui, c'est normal". Normal pour elle, mais pas pour la majorité des gens. Chapeau... Une leçon de vie.
Avec cet athlète, c'est évident que c'est l'inverse. Tant les victoires que les défaites l'amènent à mieux se connaître, à mieux se comprendre et à mieux vivre. Déjà elle fait de ce monde un monde meilleur.
Et puis la vie reprend son cours.
Prochain entraînement, prochain tournoi, prochains matchs.
Un plaisir de coacher cette athlète et de la voir évoluer au fils des années ...
En tant qu'entraîneur, c'est la même chose. On entraîne les jeunes espoirs pour qu'ils gagnent. On leur apprend à se découvrir pour qu'ils gagnent davantage. On leur apprend à maîtriser leur mental pour qu'ils puissent gagner encore plus.
Mais peut-être est-ce l'inverse finalement ? Peut-être cherche-t-on la victoire pour mieux se connaître ? Peut-être entraîne-t-on nos athlètes pour qu'ils apprennent à mieux se comprendre, pour qu'ils apprennent à mieux vivre, pour qu'il fasse de ce monde un monde meilleur ?
C'est l'histoire d'une sélection qui ne passe qu'à tous les 4 ans, histoire d'une sélection qui laisse parfois des cicatrices qui durent des années chez certains, histoire d'une sélection qui amène parfois des découvertes incroyables.
C'est l'histoire d'une athlète et d'un entraîneur, d'une relation entraîneur-joueur qui dure depuis près de 7 ans. C'est l'histoire d'une jeune athlète qui s'entraîne plus de 15 heures par semaine depuis l'âge de 8 ans. C'est l'histoire d'une jeune athlète qui appelait parfois son entraîneur "Papa" lorsqu'elle était plus jeune. C'est l'histoire d'une petite fille qui mordait plein de monde et qui est maintenant devenue "grande" tant physiquement, mentalement que moralement ;-)
Arrive la fin de semaine de la sélection quadriennal. La destination l'intéresse plus ou moins. Ce qui la stresse, c'est la route. Elle veut bien performer dans ses matchs parce qu'elles jouent des filles. Elles jouent tellement peu souvent des filles durant la saison régulière. La destination a plus ou moins d'importance. Elle veut bien performer dans ses matchs, c'est ça qui la stresse.
La première journée commence. Elle arrive en retard. Problème de lift, problème de conductrice. Heureusement, elle est arrivée 5 ou 6 heures avant son premier match qui est en après-midi. Comme toujours, gros sourire, de bonne humeur. Elle blague avec ses entraîneurs et ses amies. Elle se prépare bien, minutieusement, fait tout ce qu'elle a appris, consciencieusement.
Arrive le premier match. La douleur de la vieille blessure réapparaît. Pas de problème, crème et pilule et on joue comme on l'a fait tout le long du dernier championnat canadien. Et on doit se rendre à l'évidence, on s'aperçoit qu'on ne joue pas bien, qu'en fait on joue même mal. Pas de problème. On frustre, on fait des grimaces, on a parfois l'air d'un petit chien qui pleure, mais on ne lâche jamais. De peine et de misère on se rend là où on devait se rendre, en demi-finale. Avec un surplus d'énergie, on réussit à aller chercher un set, mais on manque de jus et on perd 1-3.
Suite remise au lendemain.
Cette fois-ci on évite les problèmes de lift. L'entraineur va la chercher chez elle pour arriver tôt et faire des ajustements mineurs dans le jeu et la tactique. On pratique les ajustements et on les mets en place.
Arrive le premier match de journée où nous sommes favorite. Tant bien que mal, on s'aperçoit qu'on ne joue toujours pas très bien, et même qu'on joue mal. Encore. Tant que bien que mal, on s'accroche, on frustre, on engueule son entraîneur au passage. On l'écoute, on redevient calme et on fini par aller là où on devait aller, en demi-finale. Encore contre la même adversaire, contre la même bête noire. On part en catastrophe, 3-11. Un massacre au premier set. On révise le plan de match. On en applique une partie, mais défaite serrée quand même, 9-11. Mais, ça se sent, on continue à mal jouer.
Changement de tactique d'un commun accord. L'entraîneur propose: "oublies le plan de match, ton moi 2 est tout mélangé, laisses-toi aller, laisses-toi jouer." On y retourne. C'est mieux, on joue un peu mieux. Mais encore une défaite serrée, 11-13.
On décide de prendre ça plus relaxe, de se détendre, de faire ce qui nous donne de l'énergie. Côtoyer les autres, rire avec eux. On réduit les plans de match au strict nécessaire pour désencombrer le cerveau. On réduit les pratiques pour économiser la blessure vu que les douleurs s'accentuent.
Arrive la dernière ronde qui comportent beaucoup plus de matchs que les autres rondes. Et oui, il y a des poules cette fois-ci :-( Très mauvais pour la blessure, pour la fatigue. Pas grave, on y va.
Arrive le poule de 3. Premier match du poule où on est favorite. Des hauts et des bas, rien de constant. On continue à mal jouer, mais on s'en sort même si l'adversaire nous avait déclassé au 2è set.
Deuxième match. Une autre bête noire contre laquelle on a perdu confiance à cause d'un match perdu il y a quelque temps. Comment faire pour gagner si on joue mal ? Un match marathon. On joue bien au 4è set. Tous les autres sets, on sent qu'on est pas dedans. On va chercher au fond de soi pour gagner le 5e set 12-10. On continue à mal jouer, mais on réussi à trouver des façons de s'en sortir. Des hauts et des bas sans arrêt.
On fini par atteindre la dernière finale, la dernière chance, contre la même bête noire, la meilleure amie. Cette fois-ci, le cerveau est libre de jouer. Un premier set incroyable. Le plan de match de ce matin sort alors qu'on ne l'a même pas révisé. Et les "bas" reviennent sans prévenir. Massacre au deuxième set. Ça revient quelque peu au troisième set. Défaite serrée. On repart en lion au 4ème set avec quelques ajustements au plan de match. On mène 10-7. On se fait remonter.
Et puis confusion dans le time-out. On commence par le refuser. L'adversaire est déjà parti pour le timeout. On décide de le prendre, après tout quelle importance. Discussion pas très claire au niveau du service à faire. Manque de confiance qui paraît dans l'exécution. Dernier point, balle haute molle qui semble facile. Smash en dehors comme c'est arrivé tellement souvent dans la fin de semaine. Défaite crève coeur 10-12. C'est terminé.
La frustration s'empare des esprits de l'athlète et de l'entraîneur. Un gros 5 minutes...
Après la bonne humeur revient chez l'athlète, et par ricochet chez l'entraîneur. Quelques excuses à son coach pour avoir été un peu raide dans quelques commentaires au cours de la journée. Sourires, jokes réciproques et c'est terminé. On passe à autre chose.
Quand même, l'entraîneur accroche son athlète avant le départ de la compétition. Il se doute de quelque chose. Il veut en avoir le coeur net. Il lui pose une question secrète, une question qui demande une réponse franche. L'athlète lui répond très sincèrement, très franchement, naturellement, comme toujours: "bien oui, c'est normal". Normal pour elle, mais pas pour la majorité des gens. Chapeau... Une leçon de vie.
Avec cet athlète, c'est évident que c'est l'inverse. Tant les victoires que les défaites l'amènent à mieux se connaître, à mieux se comprendre et à mieux vivre. Déjà elle fait de ce monde un monde meilleur.
Et puis la vie reprend son cours.
Prochain entraînement, prochain tournoi, prochains matchs.
Un plaisir de coacher cette athlète et de la voir évoluer au fils des années ...
Commentaires
Enregistrer un commentaire