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Gagner au tennis de table et dans la vie en apprivoisant nos peurs !








Gagner au tennis de table et dans la vie en apprivoisant nos peurs
(Mini Manuel de maîtrise mentale pour pongistes compétitifs et récréatifs)

“Tu ne peux pas appliquer ce que tu ne connais pas !”
Marles Martin

Introduction
Un grand moment du tennis de table

En 1997 à Manchester (Angleterre), lors des 44ème Championnats du monde de tennis de table, Jan Ove Waldner remporte le titre chez les hommes en ne perdant aucun set. Un exemple de confiance absolue, de tennis de table sans peur. Waldner était déterminé, résolu, inébranlable. Il était implacable pour tous ses adversaires, concentré et sûr de lui. Il était en totale maîtrise de la situation, du stress et de la peur. Il semblait avoir beaucoup de plaisir à jouer de son art; un virtuose à l’oeuvre. La pression ne semblait pas l’affecter le moins du monde.

Depuis maintenant plusieurs décennies, je cite cet exemple dans les stages de formation d’entraîneurs que je donne pour montrer à quel point un joueur peut être dominant et respirer la confiance.

Parlons maintenant de Jean, un jeune joueur de 15 ans qui était en montée depuis deux ans, battant des joueurs beaucoup plus expérimentés et aguerris que lui coup sur coup. Un jour, il atteint la finale des Jeux de sa province. Il mène le match assez facilement. Il ne lui reste plus qu’un point à faire pour gagner la médaille d’or. Une balle courte et haute au filet; une balle facile. Un point et c’est la fin du match. Il va enfin  l’avoir sa médaille.

Il smash la balle et manque son coup. La balle ne touche pas la table. Un coup tellement facile ! Comment a-t-il pu manquer une balle aussi facile ? Jean perd alors confiance, se met à avoir peur. Son adversaire qui a vu la défaite de très près reprend quant à lui confiance et voit sa peur disparaître en fonction des réactions de son adversaire. Jean perdra finalement la finale et terminera la compétition avec une médaille d’argent.

Un excellent exemple de perte de confiance que je cite aussi très souvent dans mes stages de formation depuis plus de 30 ans.

Christine, une jeune fille hyper talentueuse qui réussit toujours les défis de touche de balle et d’habileté avant tout le monde avec une facilité déconcertante. Une jeune fille qui a gagné plein de matchs contre des joueuses plus fortes quand elle était plus petite. Une petite fille qui joue bien malgré la peur et la nervosité. Et puis une blessure chronique s’installe. La jeune fille devient adolescente. Le mal physique est de plus en plus présent, le mal psychologique aussi. Elle a de plus en plus de difficultés à gagner. Elle perd de temps en autre contre des adversaires soi-disant plus faibles. La peur se fraie son chemin de plus en plus au fur et à mesure que les jours passent. La joueuse apprécie de moins en moins les compétitions. Elle a de moins en moins le goût de s’entraîner. Elle perd sa motivation petit à petit. Elle finit même par appréhender les tournois parce qu’à chaque fois elle doute de bien jouer et a peur de mal jouer. Elle prend finalement la décision d’arrêter de s’entraîner et d’abandonner le tennis de table. Elle fait encore quelques compétitions, des compétitions qui ne comptent plus, qui n’ont plus aucune importante vu qu’elle prend sa retraite. Et pourtant, l’anxiété, la peur, le manque de confiance et le manque de plaisir sont de nouveau au rendez-vous dans ses dernières compétitions qui pourtant n’ont plus aucune importance.

Pour Christine, la peur est devenue un poison, un virus sans vaccin.

La peur est un véritable ennemi pour le joueur de tennis de table, pour le pongiste. Elle est bien plus terrible que n’importe quel adversaire, que n’importe quel tournoi de sélection. La peur empêche le pongiste de jouer à son plein potentiel. C’est la peur qui a vaincu Jean, qui a enlevé à Christine le plaisir de jouer au tennis de table. Elle devient l’obstacle critique qui empêche l’athlète de jouer à son plein potentiel.

La peur est aussi universelle. Elle peut affecter n’importe quel joueur de n’importe quel calibre dans n’importe quelle compétition à tout moment.

On peut avoir peur de tellement de choses: peur de l’échec, peur de l’embarras, peur d’être mal jugé. On peut avoir peur d’un adversaire, d’un arbitre, d’une balle filet ou coin de table. On peut avoir peur de jouer devant des parents et amis et même devant des spectateurs qu’on ne connaît pas et qu’on ne connaîtra jamais.

On peut même avoir peur d’avoir peur. Le plus grand ennemi du pongiste, c’est la peur parce qu’elle mine la confiance et sabote le potentiel du joueur.

L’athlète, quel que soit son calibre, doit comprendre qu’il doit apprendre à gérer sa peur s’il veut exploiter son véritable potentiel et jouer à son véritable niveau. La peur nuit à la réflexion tactique ainsi qu’à l’exécution technique du pongiste. Celui qui n’arrive pas à gérer sa peur se dirige tout droit vers le doute et l’inconstance dans son jeu. À l’extrême limite, elle l’amènera à l’abandon comme pour Christine.

Tout bon joueur doit posséder cette confiance unique et véritable qui permet de bien performer tel Waldner en 1997. Beaucoup d’athlètes arrivent à bien jouer lorsque ça ne compte pas vraiment parce que l’enjeu est modeste mais s’effondrent dès que ça devient plus important. Cet effet est déclenché par la peur qui va insinuer un doute dans la tête de l’athlète. Elle finira par nuire à son exécution technique ainsi qu’à ses choix tactiques. La tension apparaît, la relaxation et le rythme d’exécution disparaissent. Le meilleur des joueurs ne pourra jamais jouer à son plein potentiel si l’incertitude vient casser ses automatismes techniques.

Changeons de perspective et prenons la conduite automobile comme élément de comparaison . Depuis quelques mois, je donne des cours de conduite à mes filles ainsi qu’à des jeunes de mon entourage. Elles ont toutes le même âge, donc elles ont toutes pris leur cours de conduite en même temps. Ça n’a pas été sans me rappeler mes premiers élans comme conducteur.

La conduite automobile est un phénomène étrange. Quand nous étions jeunes, nous avons tous joué à conduire une automobile. Quand nous devenons plus vieux, nous nous retrouvons dans des jeux vidéos où nous devenons des conducteurs experts. Nous devenons même des pilotes de course hors pair. Et puis nous nous exerçons à la piste de karting ou dans les auto-tamponneuses des parcs d’attraction. Enfin nous avons tous conduit l’automobile familiale, à la campagne, sur le genoux de Papa.

Et puis viens le jour où nous nous retrouvons assis sur le siège de gauche avec Papa ou le moniteur de conduite sur le siège de droite. Nous voilà au volant d’un tas de métal de 2 tonnes. En un instant, toute l’excitation que nous ressentions étant jeune disparaît pour être remplacé par des sentiments comme l’hésitation, la confusion, l’incertitude et même la peur.

On accélère par à coup. On freine brusquement. On rase le trottoir lorsque nous rencontrons d’autres automobiles. Pourtant dans le jeu vidéo ou sur le genoux de Papa, nous étions calme et maître de la situation Et même nous nous amusions. Tout d’un coup, nous avons peur de tuer quelqu’un avec notre char d’assaut de métal et ce n’est plus amusant.

C’est comme ça que je me sentais quand j’ai commencé à conduire. Pourtant aujourd’hui je peux conduire en parlant, en mangeant et même à une main. Je peux ajuster le chauffage ou changer le poste de radio tout en conduisant à des vitesses supérieures à 120 km/h.

Qu’est-ce qui fait la différence entre mes premières expériences de conduites et celles que je vis aujourd’hui ? Qu’est-ce qui était présent au début et ne l’est plus aujourd’hui ? La réponse est facile, c’est la peur, une des forces les plus destructrices pour l’être humain et pour les athlètes. Elle nous embrouille, nous limite, nous empêche d’exploiter notre plein potentiel. À chacune de nos erreurs, elle gagne en force et nous freine davantage du moins lorsque nous ne la maîtrisons pas.

Alors comment peut-on expliquer cette amélioration entre le début de nos cours de conduite et maintenant ? L’expérience, la pratique. Ça finit par engendrer le calme et la confiance. La peur est l’ennemi et la confiance en est son plus gros adversaire. La confiance n’essaie pas d’éviter la peur, elle la surmonte.

Plus nous développons nos habiletés, plus notre confiance grandit. La confiance renforce notre détermination et notre persévérance même lorsque nous ne réussissons pas à atteindre nos objectifs dans l’immédiat. La confiance renforce la confiance. Chaque nouvelle expérience va chercher dans la précédente et prépare la suivante. C’est un espèce de cercle sans fin.

Aujourd’hui grâce aux psychologues sportifs, nous savons que l’athlète qui a du succès et qui réussit à jouer à son plein potentiel a inclut dans son approche mentale un rapport particulier entre la confiance et la peur.

La peur est une expérience commune aux joueurs de tous les calibres. Elle peut arriver en toute occasion. Elle n’est pas différente, ni moins nuisible, ni moins difficile à ressentir pour le champion de tennis de table que pour le joueur récréatif de la ligue du dimanche..

Elle prend tellement de formes différentes. Tous nous redoutons l’échec ou les mauvais coups. Nous avons peur de l’incertitude et du ridicule. Nous avons peur d’avoir peur et d’être étiqueté comme un lâche, un perdant, un “chokeur”.

Et pourtant la peur est naturelle et fait partie de la condition humaine. Savoir reconnaître cette vérité et ensuite adopter une approche qui permet de la gérer, voilà ce qui permet à un pongiste de bien performer.

Il existe des principes clés qui permettent au pongiste de maîtriser sa peur afin de pouvoir penser tactique clairement et d’exécuter ses coups techniques avec rythme et efficacité.

Comme nous finissons par conduire notre voiture sans peur, nous pouvons apprendre à jouer notre jeu au tennis de table sans aucune crainte.

La méthode pour y parvenir est assez simple et logique. Il s’agit de bien se préparer physiquement, mentalement et émotionnellement. Il faut comprendre la bonne façon d’envisager le jeu “sans peur” et de l’appliquer à notre propre approche du tennis de table. Par exemple, il est tout à fait normal d’être nerveux lorsqu’on effectue notre top spin de démarrage à 10-10 au 5ème set. Par contre le fait de penser que nous sommes nerveux risque d’entraver notre exécution technique et risque de nous empêcher d’atteindre la victoire.

En fait, la peur au tennis de table est une force que l’on peut apprendre à contrôler. Ça je l’ai appris dans mes quarantes ans comme entraîneur de tennis de table. L’athlète doit y parvenir, sinon c’est la peur qui viendra le contrôler dans les moments les plus importants. Le défi consiste à ne pas laisser la peur prendre le dessus sur nos coups techniques ou nos décisions tactiques. La peur est l’ennemi, la confiance est l’antidote.

Il y a quelques mois, une de mes athlètes m’a envoyé une question très simple sur Facebook.  “Thierry, comment est-ce que je peux avoir plus de confiance en moi ?” Michelle me posait cette question à l’approche d’une compétition de sélection importante, elle sentait la peur et la crainte l’envahir.

Michelle, sans le savoir, a déclenché une réflexion très profonde ainsi que l’écriture de ce livre. La confiance est en effet un sujet très complexe, elle est l’antidote de la peur, du “chooking”. Mais pourtant elle monte et descend en fonction des évènements, des victoires et des défaites.

Même notre confiance d’automobiliste expérimenté évolue. Il suffit d’un accident ou même d’un simple dérapage pour installer la peur. Cette dernière pourra nous amener à mal conduire ou encore à être plus prudent, dépendant du comment le conducteur abordera sa peur mentalement.

Comment maîtriser la peur ? Comment devenir plus confiant ? Par une bonne approche mentale du problème.


Chapitre 1
Apprendre à connaître la peur pour mieux l’apprivoiser

Intermède
La différence entre un champion et un joueur classé dans les 100 premiers ne se situent pas tellement au niveau technique ou tactique mais bien plutôt au niveau psychologique. En effet, le champion utilise de façon très efficace le temps entre les points pour réfléchir tactiquement, pour ajuster son mental, etc. Les autres joueurs se contentent d’aller ramasser la balle. Gardez ce fait en mémoire pendant que vous lirez ce chapitre.

La peur peut devenir le plus grand ennemi du pongiste et de n’importe quel athlète dans n’importe quel sport. La peur peut aussi envahir la tête d’un musicien au moment de son récital. Elle peut même envahir la vôtre dans le cadre de votre activité favorite.

Les histoires de Jean et de Christine illustrent bien les dangers de la peur.

La peur est une force vraiment puissante qu’il faut absolument apprendre à maîtriser à cause de ses effets négatifs. Mais elle peut nous apprendre plein de choses sur nous-même. La peur, l’anxiété, la nervosité sont inévitables, mais elles ne sont pas nécessairement négatives. Certains pongistes iront même jusqu’à vous dire que si vous ne ressentez pas la peur dans une compétition, vous pouvez considérer que vous n’êtes pas prêt.

Tentons de faire un petit résumé de ce que nous savons de la peur.

Les côtés négatifs de la peur:
  1. La peur est l’ennemi juré du pongiste et de l’athlète en général.
  2. Elle peut même affecter les meilleurs athlètes. Tous les champions ont eu à faire face à la peur une ou plusieurs fois dans leur carrière. Ils se voient incapable d’exploiter leur talent, leur potentiel à cause des états mentaux négatifs qui envahissent leur esprit malgré leur talent et leur expérience.
  3. Beaucoup de monde, dont plusieurs athlètes, pensent que pour bien performer il faut éliminer la peur en soi. Cette croyance est nuisible parce que la peur ne peut être éliminée.
  4. La peur est comme un parasite qui vous dévore de l’intérieur. Si on la laisse aller dans notre tête sans rien faire, elle nous envahit et nous rends contre productif et inefficace.
  5. La peur est quelque chose d’absurde. Il suffit que nous imaginions que l’avenir soit incertain et nous nous mettons à imaginer des situations, souvent les pires. Et voilà la peur s’installe. Pourtant ces “hypothèses” n’arrivent le plus souvent pour ainsi dire jamais.
  6. Pour un pongiste, avoir le ventre noué, les mains et les doigts tendus est non seulement un signe de stress, d'anxiété et de peur mais c’est aussi un cause de problèmes techniques.
  7. L’athlète doit éviter à tout prix de se laisser envahir par la peur.


Les côtés positifs de la peur:
  1. La peur et la montée d’hormones comme l’adrénaline qu’elle provoque peuvent devenir quelque chose de plaisant. Elle accompagne souvent notre envie d’atteindre un objectif qui nous tient vraiment à coeur. On veut vraiment réaliser ce à quoi on tient.
  2. La peur peut nous amener à un niveau de concentration qui nous permet d’atteindre de meilleurs résultats.
  3. Elle peut même devenir véritablement exaltante lorsqu’on s’aperçoit que nous pouvons livrer la marchandise comme athlète et comme personne même si nous ressentons la peur dans notre corps et notre esprit.
  4. Avoir le ventre noué, les mains et les doigts tendus, sentir son corps réagir peut-être un signe d'excitation et de joie face au défi à venir.

Donc sentir la peur en soi peut devenir quelque chose d’excitant et de positif dépendant de notre point de vue. Il est intéressant de se demander si Waldner en 1997 ressentait la peur, gageons que oui.

Julie participe à un tournoi de sélection très important qui si elle l’emporte lui permettra de participer au championnat national junior de son pays. Elle affronte en finale une adversaire contre qui elle n’a jamais perdu depuis le début de sa carrière. Julie perd 0-2 dans les sets et réussit à remonter à 2-2. Le set finale se déroule très mal pour elle. Son adversaire prend l’avance. Elle finit par retrouver une certaine concentration et remonte son pointage à 10-10. Et puis c’est 10-11. Elle reçoit une balle relativement facile à son coup droit et smash la balle hors table. Elle perd pour la première fois contre cette adversaire au score de 10-12 au 5ème set en manquant son coup fort, son coup favori, son smash du coup. droit. Elle n’est pas sélectionnée sur l’équipe alors qu’elle était de loin la favorite.

Comme entraîneur d’expérience, j’ai pu facilement observer que Julie s’était laissée envahir par la peur à certains moments lors du match. Il suffisait d’observer ses choix tactiques et surtout l’exécution de ses coups techniques. Dès que la pression apparaissait dans le cours du match, sa technique devenait tendue, saccadée et sans rythme. Ce qui explique facilement son dernier smash manqué. Ses choix tactiques laissaient vraiment à désirer et parfois étaient même complètement absents.

Et pourtant, Julie a fait toute une remontée à deux reprises en revenant à 2-2 dans les sets et à 10-10 dans le set décisif. Il faut dire que Julie avait une réputation de joueuse qui revenait souvent de l’arrière. Donc elle avait confiance de pouvoir remonter le score. Mais elle avait aussi une réputation de ne pas arriver à gagner les matchs dans lesquelles elle revenait de l’arrière, ce qui a miné sa confiance.

Que s’est-il passé dans le tête de Julie ? Déjà nous pouvons dire que la fluctuation de sa confiance en fonction de la situation du pointage a joué un rôle dans ce match. Comme elle ne jouait pas très bien, ses erreurs se sont enchaînées à certains moments. Une erreur en attirait une autre.

Et son adversaire qui jouait relativement bien a dû elle aussi remarquer la peur s’installer dans la tête de Julie. Ce qui a dû lui donner confiance sur le moment. Elle aurait très bien pu elle aussi être tellement prise dans sa propre peur qu’elle n’aurait même pas remarquer la peur s’installer dans la tête de Julie. Mais ce ne fut pas le cas.

Tous les pongistes ont déjà ressenti la peur au cours d’une partie. Tous ont senti l'anxiété monter dans leur corps, dans leur ventre et dans leur bras. On devient anxieux, on a tellement peur qu’on s'imagine la balle aller dans le filet ou sortir de la table avant même d'avoir exécuter notre coup ou même de commencer l'échange.

Comment cette peur se crée-t-elle dans notre esprit et dans notre corps ? Et comme nous ne pouvons pas l’éliminer, comment pouvons-nous l’apprivoiser afin de bien jouer malgré sa présence ?

Commençons par parler du “hamster” qui vit dans notre tête. L’idée du “hamster” vient de l’auteur Serge Marquis qui a écrit un livre s’intitulant “Pensouillard le hamster”.

Un soir lors d’un entraînement élite, je donne la consigne avant-match suivant aux joueurs présents. Je leur demande de se poser une question entre chaque point pendant qu’il vont chercher la balle ou pendant qu’ils attendent que leur adversaire revienne à la table. “Qu’est-ce que je vais faire pour faire le prochain point ?” Le but étant de rester dans le présent et centré sur son adversaire pour mieux jouer. Et là plusieurs joueurs se mettent à s’auto critiquer et même à s’insulter eux-même. “Pourquoi est-ce que je suis aussi mauvais, ça fait trois fois que je te le dis de ne pas faire ça!”

Il est fréquent d’entendre des pongistes à l’entraînement ou en compétition se parler à eux-même et la plupart du temps c’est loin d’être en termes élogieux.

La grande question est de savoir qui la personne qui parle dans notre tête et pourquoi en termes aussi négatifs. Revenons sur le “hamster”.

Serge Marquis, médecin spécialiste en santé communautaire et consultant dans le domaine de la santé mentale a appelé cette petite voix “Pensouillard le hamster”. D’après lui nous avons tous un hamster dans notre tête. Lorsqu’il court sans arrêt à toute vitesse dans sa roue, dans notre tête, il monopolise toute notre attention, toutes nos pensées. Nous devenons obsédés.

Le “hamster” de Serge “pensouille” et pense très peu. Pensouillard s’inquiète, critique, a peur mais il a très peu de pensées constructives qui pourraient nous permettre de passer à l’action face à nos problèmes. Pour M. Marquis, le hamster représente notre ego qui se sent tout de suite menacé s’il pense qu’on se moque de lui, s’il se sent ridiculisé ou s’il pense qu’on lui manque de respect.

“Encore un coin de table ? Pourquoi c’est toujours à moi que ça arrive ?” Et là ça part en boucle dans la tête du jour. Pensouillard embarque dans sa roue et se mets à tourner à pleine vitesse et même de plus en plus vite. Le joueur “pensouille” de plus en plus et pense de moins et moins efficacement. “Et si jamais je manque mon démarrage ?” La spirale sans fin commence.

“Pensouillard” le hamster contribue à créer les pensées qui entretiennent la peur dans notre esprit. Cette peur fait aussi réagir notre corps et a toutes sortes d’impact sur notre jeu. Et rappelons-nous qu’un hamster qui tourne dans roue, peu importe la vitesse, fait sur place et ne va en fait nulle part ;-)

Mais où cela commence-t-il ?

Le fonctionnement de l’esprit humain est assez facile à comprendre d’un certain point de vue. Posez-lui une question quelconque et il vous donnera une réponse… quelconque.

Posez-vous les mauvaises questions et vous voilà entraîné dans le négatif émotionnel qui amène un baisse de votre confiance et par ricochet vous fait mal jouer. Les mauvaises questions amènent votre attention et votre concentration sur les mauvaises choses très souvent négatives. Par exemple, on se préoccupe des résultats des autres joueurs ou encore de ce que vont dire nos partenaires d’entraînement de notre performance.

Mais pour bien performer au tennis de table, il faut être concentré sur son match et surtout sur son adversaire. Il faut se poser des questions “kaizen”, des questions de maîtrise sur lesquelles on peut avoir un contrôle. Il ne faut pas se poser des questions en rapport avec  notre“ego” qui mettent en marche notre “hamster”. Ces dernières conduisent à une cercle infini de peur. Les questions “kaizen” nous permettent de maîtriser notre peur en l’apprivoisant.

Donc lorsque nous nous posons une question, notre esprit répond. Le type de question détermine aussi sur quoi notre attention et notre concentration va se poser dans les secondes qui suivent.

Imaginons un alpiniste qui se poserait les questions suivantes au moment où il est en train de grimper “Qu’est-ce qui arrive si je glisse ? Qu’est-ce qui arrive si je tombe ?”  Ses actions positives feraient places aux erreurs. Le peur prendrait le dessus. La plaisir disparaîtrait. Le défi se transformerait en corvée.

Toute notre vie durant, nous nous posons des questions sans cesse. Souvent des questions du type “Et si…”
  • "Et si ma femme me laissait tomber..."
  • "Et si l'avion s'écrasait..."
  • "Et si je perdais mon travail..."
  • "Et si je tombais malade..."
Ce type de question amènent notre attention sur des dangers potentiels et imaginaires qui provoquent des réactions de peur dans notre esprit ainsi que dans notre corps.

Le phénomène est le même pour le pongiste ou pour n’importe quel athlète.
  • “Et si je perds ce match…”
  • “Et si je manque ce service…”
  • “Et si je joue mal dans ce tournoi…”
  • “Et si ma cote baisse…”
  • “Et si je ne parviens pas à être sélectionné…”
Ce sont des questions irrationnelles qui nous entraînent dans un cercles vicieux de pensées négatifs, qui alimentent “Pensouillard notre hamster” dans sa roue. En les questions que l’on se posent focalisent notre esprit comme une lentille focalise un rayon laser sur un point précis. L’être humain peut tellement parfois se poser des questions absurdes et inutiles.

Et pourtant, notre esprit peut se poser des questions utiles et efficaces, des questions raisonnables. C’est là où “Pensouillard le hamster” arrête de “pensouiller” et se mets à penser réellement. Nous y reviendrons dans un prochain chapitre.

Le peur prend naissance dans la tête du pongiste, c'est pour ça que ça ne lui sert à rien de la fuir, de faire comme si elle n'existait pas. Elle fini toujours par le rattrapper puisqu'elle se crée et vit dans sa propre tête. Par exemple, ça ne sert à rien de se mentir et de penser que nous ne manquerons jamais notre coup, que notre top spin n’ira jamais dans le filet ou hors table. Ça ne sert à rien de faire semblant et d’essayer de minimiser les dangers ou encore de faire disparaître la peur.

La réalité c’est qu’il faut apprendre à jouer et à compétitionner avec la peur dans notre tête et dans notre corps. Le bon athlète apprends à exécuter ses coups techniques malgré la nervosité et la peur.

La première étape pour y arriver consiste donc à ne pas se laisser envahir par la peur, ne pas laisser le hamster se mettre à tourner en rond dans roue. Il faut se rappeler que c’est normal d’avoir peur, tout le monde a peur. Il faut éviter d’avoir peur d’avoir peur. Il faut donc être conscient de notre peur.

La deuxième étape consiste à comprendre le fonctionnement de la peur et a bien s’y préparer. Très souvent la peur est causée par un manque de préparation, un manque de solutions et d’alternatives. Pour éviter que des questions absurdes ne viennent alimenter la peur, il faut bien se préparer.

Il est d’ailleurs très intéressant de savoir et de se souvenir que les champions dans leur préparation aux compétitions importantes ont très souvent établi une stratégie pour faire face aux imprévus. “Qu’est-ce que je fais si jamais je fais fasse à une situation imprévue ?” De cette façon, ils sont prêt pour l’imprévisible et sont ainsi moins susceptibles de se laisser envahir par la peur.

“Qu’est-ce que je fais si jamais je fais face à cette situation ?” La peur diminue dès qu'on se demande comment on pourrait faire face à la situation au lieu de laisser le hamster tourner en rond dans notre tête et nous entraîner dans les spirales de pensées négatives.

“Que ferais-je si je tombais malade ? J’irai consulter et je me soignerais…”

“Que ferais-je si je perdais mon travail ? Je m’inscrirais à l’assurance-emploi, je mettrais à jour mon CV, je chercherais un nouvel emploi par mes relations ou les sites de recherche d’emploi ou encore je créerais ma compagnie. Je pourrais aussi devenir pigiste en attendant…”

Tout de suite la peur se transformer. On voit des alternatives dans notre esprit. On commence à se préparer et donc à faire face à la situation. La peur se transforme. Cette simple question “Que ferais-je si…” à amener “Pensouillard” à arrêter de “pensouiller” et de tourner en rond pour se mettre à penser à des choses utiles.

Se préparer est en fait la stratégie la plus efficace pour être capable de jouer à son plein potentiel malgré la pression de la situation.

Et pour bien se préparer, il faut comprendre comment la peur fonctionne.

Nous savons que tout le monde a peur et que ça ne sert à rien de la fuir. Nous savons maintenant que si nous ne prenons pas conscience de notre peur et que nous laissons “Pensouillard pensouiller” dans sa roue, la peur va nous envahir et nous perdrons le contrôle. Nous savons aussi qu’une fois que nous avons pris conscience de notre peur, il faut amener “Pensouillard” à penser en nous posant des questions utiles qui focaliseront notre attention sur des pensées pro-actives et efficaces. Et finalement qu’une simple question comme “Que ferais si …. “ nous amène à nous préparer et diminue l’influence que la peur peut avoir sur nous.

Mais la peur n’a pas que des implications mentales. Elle n’agit pas que dans notre esprit.

Lorsqu'un pongiste se présente à la table à la fin d’un set important au moment d'exécuter son service et qu'il se demande, “et si je manquais mon service court”, il déclenche une réaction en chaîne dans sa tête qui produit des images d'échecs, de trajectoires indésirables et de coups se terminant à l'extérieur de la table ou dans le filet.

Et nous devons apprendre à faire nos choix tactiques et exécuter nos coups techniques malgré la peur. Une fois que nous nous apercevons que nous sommes capable de faire ça, par ricochet cela a pour effet de diminuer notre peur parce que nous nous apercevons que nous pouvons l’apprivoiser. Il faut donc bien connaître la peur pour bien s’y préparer.

La peur n'affecte pas seulement l'esprit du pongiste, elle se manifeste aussi physiologiquement dans son corps. Lorsque le pongiste se laisse envahir par la peur il perd non seulement sa concentration, mais il y a aussi des changements physiques qui apparaissent dans son corps comme une perte de sensation au niveau de la main qui tient sa raquette, une augmentation du rythme cardiaque, de la transpiration excessive, une respiration rapide et saccadée et dans les cas extrêmes des maux de ventre, des nausées et même des douleurs. Jusqu'à un certain point c'est une sensation d'impuissance qui s’installent dans son corps ainsi que dans son esprit.

Donc la peur agit aussi sur notre corps. En fait elle agit d’abord sur notre corps avant d’agir dans notre esprit. Certaines personnes affirment que la poésie débute par une émotion pour en arriver à une pensée qui elle se retrouve ensuite écrite sur le papier. Donc l’émotion négative que nous ressentons naît d’abord dans notre corps avant même de se transformer en pensée.

Frapper un bon coup technique lorsque la peur a envahi notre esprit n'est vraiment pas facile même si cette peur en boucle est une création de notre esprit parce que c’est d’abord un problème physique avant d’être un problème mental.

Certes en se posant les mauvaises questions, un pongiste peut en un instant amener son hamster mental à tourner en rond et ainsi créer sa propre anxiété et détruire toute la confiance dont il a besoin pour exécuter un bon coup.

Mais la peur n'est pas seulement une création de l'esprit. La peur n’est pas seulement des pensées négatives en boucle c'est aussi une réaction du corps que l'on appelle souvent une réaction “combat / fuite” qui fait partie du système nerveux de toutes les espèces évoluées.

Mais revenons d’abord aux réactions physiologiques causées par la peur.  Les scientifiques comprennent maintenant très bien la peur. Ils ont nommé “réaction de peur” les fonctions et processus biologiques s'y rattachant. La compréhension de ces processus présente d'importantes implications pour le pongiste et pour tous les athlètes en général.

Essayons de résumer simplement le système de “réaction de peur”. La plus ancienne partie de notre cerveau a pour nom le cerveau “limbique”. Ce dernier est directement connecté à notre corps et s’occupent de tout ce qui se fait de façon instinctive telle que la respiration. Son objectif est avant tout notre survie.

Les émotions comme la peur naissent dans une partie du cerveau “limbique” que l’on appelle “amygdale”. Les réactions physiques causées par la peur sont donc sous le contrôle de l’amygdale.

La partie la plus récente de notre cerveau est le “néocortex”. C’est la partie consciente et rationnelle de notre cerveau. C’est le “hamster” qui nous parle. Mais n’oublions pas que “Pensouillard” peut “pensouiller” ou penser de façon efficace.

Notre système de peur est un peu comme une alarme d’incendie qui serait capable de passer par-dessus notre esprit conscient et rationnel. Le cortex, donc notre esprit conscient, dispose de peu de moyens pour influencer le système nerveux relié à la peur. Par contre notre système de peur possède au contraire de nombreuses ressources lui permettant de passer par-dessus le contrôle du cortex, donc de passer par-dessus notre conscience et notre côté rationnel.

La partie du cerveau “amygdale” qui produit les émotions telles que la peur va beaucoup plus vite que les parties du cerveau qui traite la pensée consciente et rationnelle comme le cortex. L’émotion arrive avant la pensée. On ressent la peur en soi avant même de pouvoir réfléchir de façon rationnelle à sa cause et à ses conséquences.

Donc si tu aperçois ou tu t’imagines apercevoir un chien agressif sur le point de t’attaquer, la réaction de ton amygdale est immédiate. Elle se déclenche en une fraction de seconde. L’amygdale déclenche le système “sauve ta peau”. Ce signal entraîne plein de réactions en chaîne. Il libère des hormones de stress dans le sang. La rythme cardiaque accélère très vite. Le sang est détourné de notre cerveau rationnel pour être envoyé à des parties plus utiles pour notre survie comme nos jambes. Le niveau de sucre augmente très rapidement pour nous donner un surplus d’énergie, notre corps devient alors plus puissant et plus rapide. La cortisol augmente aussi. Elle a pour effet d’augmenter la sensibilité de nos sens mais par contre met en veilleuse notre intellect, notre côté rationnel. Le système de survie est en place. Nous sommes prêt à fuir ou à nous battre. C’est le système que les psychologues appelle “combat / fuite” qui s’est déclenché.

Maintenant essayez d’imaginer le pongiste qui se trouve dans cet état physique. Quel impact cela peut avoir sur ses choix tactiques et ses coups techniques ? En fait, c’est seulement quelques secondes plus tard que le néocortex du joueur recevra l’information et que ce dernier pourra y réfléchir et réagir de façon rationnel.

Donc la peur déclenche des réactions physiques et psychologiques chez le pongiste qui la ressent.

Lorsqu’il craque sous la peur il a souvent des difficultés de concentration, ses perceptions se modifient, la tension musculaire apparaît et des coups faciles deviennent difficiles, des balles faciles deviennent difficiles.

Maintenant essayons de répondre à cette question. Comment est-ce que ça se peut qu'un sport aussi inoffensif que le tennis de table puisse provoquer des processus de peur conçu initialement pour nous protéger contre des prédateurs mortels dans la nature ?


Notre corps et notre esprit ne réagissent pas uniquement aux menaces concrètes tels que les chiens agressifs qui nous attaquent. Ils réagissent de la même façon à ce qu'ils perçoivent être des menaces potentielles comme par exemple l'embarras, la déception ou la frustration. Le système de peur ne fait pas la différence entre les menaces réelles et les menaces imaginaires.

Lorsqu'un pongiste craint qu'une situation survienne au tennis de table il conditionne son esprit à percevoir cette situation comme étant plus menaçante qu'elle ne l'est en réalité. En fait notre cerveau se souvient beaucoup plus facilement des événements négatifs que des positifs. Et c’est normal, cela est causé par notre système de survie. Afin d’éviter les événements négatifs qui pourraient menacer notre survie, notre cerveau a évolué de manière à ce qu’on s’en souvienne facilement. En fait, les hormones telle que l’adrénaline qui sont sécrétées dans notre corps agissent comme le marqueur jaune que nous utilisons pour souligner les parties à retenir d’un texte que nous lisons. Le système s’assure que nous ayons peur de cet événement négatif, c’est une question de survie.

Cela peut-être sûrement très utile à notre survie de se souvenir de marcher sur le trottoir pour éviter de se faire renverser par une automobile suite à une mésaventure que nous avons eue un jour que nous marchions dans la rue. Mais pour un joueur de tennis de table, ce n'est pas nécessairement très utile de ne se souvenir que de ces mauvais coups au moment où il doit justement exécuter ce coup à un moment crucial de son match. Ces mauvais souvenirs négatifs sont un peu comme la crème dans le café, ils refont surface sans arrêt et finissent par être de véritables handicaps pour le pongiste.

Le pongiste qui craque sous la peur, ne serait-ce qu’une fois, revois mentalement sans arrêt, encore et encore, le coup qu’il vient de manquer quand il se retrouve en compétition dans la même situation de pression. L’athlète n’arrive pas à se débarrasser de l’image mentale. C’est un peu comme les souvenirs d’un accident de voiture, ça occasionne de la peur à chaque fois que le conducteur rencontre une situation similaire.

Le plus grand problème est en fait notre capacité d’anticipation. Les expériences passées qui ont généré de la peur chez l’athlète font en sorte qu’il anticipe le même type de résultats dans des situations de compétition similaires. Et ça devient vite un cercle vicieux. Le fait d’anticiper un manquement possible de notre prochain coup fait que nous risquons de manquer réellement notre prochain coup.

Peu de souvenirs sont aussi faciles à déclencher dans notre esprit et difficile à chasser que ceux qui proviennent de la peur. Lorsqu'un pongiste craint qu'une situation survienne au tennis de table il conditionne son esprit à percevoir cette situation comme étant plus menaçante qu'elle ne l'est en réalité. Ce qui déclenche automatiquement le système de peur.

Et ça c’est sans compter que le pongiste est souvent un athlète qui se flagelle à la moindre erreur en se jugeant lui-même très sévèrement, en pensées ou parfois verbalement aux oreilles de tous. Ce faisant il crée sans arrêt des traumatismes similaires à l’accident de voiture dont nous parlions. Ils s’inscrivent dans la mémoire du pongiste et le rende de plus en plus craintif et hésitant.

Devenant de plus en plus dur envers lui-même et en s'accrochant mentalement à ses erreurs, le pongiste s’enfonce dans une sorte d’auto conditionnement à la peur qui l'amène à percevoir la plus petite erreur ou malchance comme une balle “filet” comme un avertissement du danger qui s’en vient. La réaction de peur fait son travail. Si ça se reproduit trop souvent, le tout se transforme en mauvaise habitude.

Pour pouvoir jouer à son plein potentiel, le pongiste devra apprendre à traverser les bons et les mauvais moments du match et gérer les montagnes russes émotionnelles qui se créent dans son esprit et ainsi que dans son corps. Pour arriver à ça le seul moyen est d’être bien préparé en vous rappelant bien ce que vous avez à faire. De cette manière vous allez apprivoiser votre peur et passer à travers.

Le pongiste doit à tout prix éviter ce qu’on appelle la spirale descendante de la peur. La peur modifie entièrement la perspective du pongiste lors d’un match. Elle peut amorcer une spirale descendante qui se nourrit elle-même de sa propre force.

La “spirale descendante de la peur” qui se produit chez le pongiste en compétition quand il craque sous la pression commence presque toujours par une baisse de sa confiance. Il commence par percevoir un changement physiologique dans son corps qu'il interprète comme une peur plutôt que comme une excitation ce qui provoque une baisse de sa confiance. La différence entre être concentré et être décontenancé est une question d'interprétation qui se passe dans l’esprit de l’athlète. Lorsqu'un événement est perçu par l’athlète comme étant exaltant et excitant, comme un défi, le corps se détend alors que s’il est perçu comme effrayant, comme un obstacle le corps se tend. Nous discuterons davantage de ce sujet dans le prochain chapitre.

La spirale descendante de la peur se nourrit d'elle-même et incite le système nerveux sympathique à faire deux choses particulièrement nuisible au pongiste. En premier, il y a production de norépinéphrine (noradrénaline) qui cause une tension dans les muscles. Ensuite les capillaires des mains se resserrent ce qui provoque une perte de sensibilité au niveau des mains et des doigts entraînant une prise plus serrée sur sa raquette.

Le pongiste qui associe certains signes physiologiques à la peur et qui voit son niveau de confiance diminuer produira davantage de norépinéphrine (noradrénaline) une hormone de stress dont le travail consiste à tendre les muscles

La norépinéphrine (noradrénaline) provoque donc de la tension dans les muscles. Et tous les entraîneurs de tennis de table vous diront qu’on pongiste ne peut pas bien exécuter sa technique avec un surplus de tension musculaire. Les muscles tendus sont incompatibles avec une technique détendue, fluide et homogène comme on l’a voit souvent chez les champions.

Des muscles tendus et une prise de raquette trop serrée restreignent la qualité technique des pongistes et sont souvent responsables des mauvais coups qui apparaissent lorsque la peur envahit l’athlète. Ses mauvais coups diminuent alors sa confiance et augmente sa peur. Le cercle vicieux se perpétue se nourrissant de lui-même c'est ainsi que l'on obtient la cassure psychologique qui déclenche la redoutable “spirale descendante de la peur”.

La réaction naturelle à la peur au niveau du corps se traduit par une constriction des vaisseaux sanguins. Le sang se retire des mains, ce qui incite le pongiste à resserrer sa prise de raquette dans le but de retrouver ses sensations habituelles. N’oublions pas que chez le pongiste, le pouce et l’index sont les doigts qui lui servent d’antennes et lui permettent de sentir la balle lors de l’exécution de ses coups techniques.

Plus un joueur subit l’influence de la peur et devient anxieux, plus il sert sa raquette sans s’en rendre compte. Une prise de raquette plus serrée rend difficile l'exécution fluide d'un top spin par exemple. L’athlète doit apprendre à évaluer la pression de sa prise de raquette et à la relâcher quand c’est nécessaire. La plupart des pongistes ne sont pas conscient des sensations différentes que donne l’exécution d’un topspin avec une prise trop tendue ou trop détendue.

La peur peut nous inciter à vouloir faire les choses plus vite que nécessaire. Un top spin correctement exécuté représente un geste contrôlé et cela implique parfois une certaine lenteur pour la préparation du mouvement. La bonne exécution du top spin se fait suivant une progression lent - vite. Lorsque qu’un pongiste devient nerveux il est aussi porté à frapper des coups trop courts parce que la tension musculaire l’amène à décélérer au lieu d’accélérer.

La nervosité influencent l’élan du top spin du pongiste en poussant le pongiste à arrêter trop tôt son mouvement et là il hésite ou conclut brusquement son geste sans compléter suivi (follow trough) de sa technique.

Ajouté à cela que lorsqu’un pongiste est nerveux, la peur fait en sorte que son esprit se met alors à trop se centrer sur les résultats et non plus sur le processus même lorsqu'il se trouve en train d'effectuer son coup.


Mes observations au cours de mes 40 ans comme entraîneur mon permis d'établir que la peur influence la technique de tennis de table de quatre façon importante et destructrice.

  1. La peur amène une perte de sensation dans la main et de façon souvent inconsciente une prise de raquette trop serrée.
  2. Cette prise de raquette trop serrée amène une tension musculaire qui raccourcit le mouvement. Le point de départ de la technique se modifie lui aussi de façon inconsciente.
  3. La tension musculaire empêche l’accélération dans le mouvement. Le mouvement se fait plutôt à vitesse constante plutôt qu’en accéléré d’où une énorme perte de puissance dans le coup.
  4. Finalement cette tension qui raccourcit le mouvement empêche le suivi (follow trough) du mouvement à la fin de l’exécution technique. Ce qui non seulement enlève toute possibilité de puissance mais amène en plus très souvent une décélération du mouvement au contact de la balle. Ce qui amène le pongiste à faire l’erreur.

Tous ces problèmes techniques partent en fait d’une prise de raquette trop serrée surtout au niveau du pouce et de l’index.

Une solution consiste à apprendre au joueur à prendre conscience du niveau de tension de sa prise de raquette surtout au niveau de la pince que constitue le pouce et l’index. Il faut qu’il apprenne à pincer la raquette avec différents niveaux de tension. Si ses deux doigts sont “relax”, la main le sera aussi et par ricochet le bras en entier.

Le joueur doit donc apprendre à exécuter sa technique en variant le niveau de tension dans ses doigts. 5 serait son niveau de tension habituel, 10 amènerait une extrême tension au niveau des doigts, tandis que 1 serait représentatif d’une prise très très relâchée.

L’entraîneur peut donc lui faire faire des exercices de top spin sur bloc par exemple où il devra varier la tension de sa prise de raquette.

En plus, l’entraîneur pourra lui faire faire des exercices où il devra allonger au maximum ses mouvements tant au niveau du point de départ de la technique qu’au niveau du suivi (follow trough) du mouvement. Si la peur se manifeste sous la forme d'un topspin trop court au départ ou retenu au contact de la balle, la solution consiste simplement à s'exercer à effectuer des topspins complets en mettant l’accent sur la position de départ et sur le suivi (follow trough) du mouvement dans des situations de pression et de peur.

En compétition, lorsque l’athlète prendra conscience de sa peur, une solution physique à son problème technique serait de jouer avec une prise de raquette à tension 2 au lieu de 5 et aussi en allongeant sa technique.

Cette façon de faire devrait permettre à l’athlète de compenser la tension musculaire causée par la peur.

Cela me rappelle ce que m’avait expliqué il y a quelques années un athlète québécois qui avait remporté plusieurs titres de champion canadien junior. Il me disait qu’en compétition, il topspinait à 70% de ce qu’il faisait en entraînement. Ce faisait il devrait ainsi compenser la tension qui apparaissait dans sa technique lorsqu’il était sous pression.


Il serait aussi possible de donner une image au joueur à se rappeler lorsqu’il sentirait qu’il est tendu comme de jouer avec “la main légère”.

La solution globale au final peut être aussi simple que d'inclure la vérification de la pression de votre prise de raquette à votre routine de préparation avant de commencer un point.


Par contre il faut se rappeler que bien que ses moyens techniques peuvent être utiles dans notre lutte contre les effets de la peur sur notre jeu, la partie la plus importante à laquelle nous devons nous attaquer est l’approche mentale de la peur. Prenons en exemple ce match.

Michel aborde son premier match de la compétition. Il a fait un échauffement physique ainsi qu’un échauffement technique de qualité, comme il l’a appris, le matin de la compétition. Il ne connaît  pas l’adversaire qu’il va affronter. Ce dernier vient d’une autre province et Michel ne l’a jamais vu jouer. Il n’est pas encore inscrit au classement national. Les organisateurs lui ont donné une cote de départ un peu supérieur à celle de Michel.

Ce dernier n’a aucun objectif précis en tête avant de commencer le match. Michel fait l’échauffement d’avant match à la table et évalue son adversaire.  Il se met à penser “Bon, il n’a pas l’air si fort que ça, il semble manquer de régularité.  Je pense que je devrais gagner ce match.”  Michel est donc confiant.

Dès le départ du match il fait quelques bons points. Cela lui donne encore davantage confiance. Il prend donc une bonne avance. Il mène 7-3.

Et puis en évaluant le pointage dans sa tête, une autre pensée lui vient en tête. “Ok, tu vois bien qu’il n’est pas très fort. Arrêtes de prendre des risques. Mets la balle sur la table bien placée, ne fais pas d’erreur et tu devrais gagner le match.” Michel se mets à jouer moins fort, moins vite. Il commence à prendre ses balles plus tard dans le rebond.

Son adversaire commence à avoir un peu plus de temps pour exécuter ses coups techniques. Aussi les choix tactiques de Michel commencent à être moins bons parce que plus prévisibles. Son adversaire se met à faire quelques points. C’est maintenant 7-6 pour Michel. Son adversaire reprend confiance.

Michel commence à avoir peur suite à la remontée de son adversaire. La tension commence à apparaître dans ses coups. Et  puis Michel commence à s’engueuler lui même dans sa tête et commence à se dire sans arrêt des choses comme “Je suis donc bien stupide de manquer un coup aussi facile. En plus je viens de te dire de ne pas faire des erreurs. Et que je suis “con”. Arrêtes les risques et mets la balle sur la table”.  

Son adversaire revient dans le match 7-7. Michel se mets à penser “Maudit démarrage du revers, il ne passe pas aujourd’hui”. Son attention se porte sur sa technique et il ne se concentre plus sur le match et son adversaire. Il perd le premier set 8-11. Il devient très négatif et très critique avec lui-même. Comme il est seul et n’a pas d’entraîneur, il passe la minute entre les deux sets à resasser des pensées négatives et ne pense pas du tout à ce qu’il va faire au deuxième set. Michel reste dans le même état d’esprit au deuxième set et fini par le perdre serré 9-11.

C’est un match 3 de 5, le 3ème set commence. Michel pense alors “Ok, je vais perdre de toute façon. J’avais tellement l’avance au premier set, comment j’ai pu perdre ce set. De toute façon je vais perdre. Qu’est-ce que mes amis vont dire ? Qu’est-ce que mon entraîneur va dire ? Et je vais perdre de la cote alors que j’aurais pu en faire. Ok laisses tomber le match, je n’ai plus aucun chance de remonter de toute façon.”

Robert change d’état d’esprit suite au fait qu’il décide d’abandonner. Il se mets à frapper la balle un peu n’importe comment. Il essaie des coups difficiles juste pour impressionner la foule et les réussit. Ce faisant, il relaxe son corps, son mental et ses coups passent beaucoup mieux. À plusieurs reprises, il fait quelques coups tellement impressionnants que la foule applaudit. La confiance revient et fort de sa confiance renouvelée Robert gagne les deux sets suivants assez facilement 11-6 et 11-5.  Il commence le 5ème set en lion et mène 5-1. Il laisse aller et est totalement détendu mentalement et physiquement.

Et puis tout d’un coup Michel se rend compte que la foule l’observe, qu’il y a maintenant plusieurs spectateurs qui le regardent et l’applaudissent suite à ses coups spectaculaires. Cela le sort totalement de sa concentration et il commence à jouer pour la foule. La peur et la tension réapparaissent chez lui. Il manque quelques coups faciles. Il se met à ne pas vouloir perdre le match. Robert voit son état d’esprit rechanger. “Tu vois bien qu’il n’est pas si fort que ça. Tu mènes 5 à 1. Ok soit prudent, mets la balle sur la table. La foule te regarde, arrête de manquer des coups faciles. Arrête de prendre des risques. Fais-lui faire les erreurs. Il faut que je gagne. De quoi je vais avoir l’air devant cette foule si je perds ce match”

Michel retombe dans l’état d’esprit du premier set. Son adversaire quant à lui décide de prendre des risques sentant que de toute façon le match est perdu. C’est maintenant lui qui réussit quelques bons coups et qui se voit applaudir par la foule. Suite aux applaudissements, Michel tombe complètement dans la peur. Il devient hyper tendu mentalement et physiquement.

Michel finira par perdre le set 8-11 et le match 2-3. Il sort du match et se sauve en courant dans le vestiaire pour éviter la foule. Il se dit: “ Comment tu as pu perdre ce match ? Qu’est-ce que les gens pensent de toi maintenant ? Je suis vraiment mauvais et stupide en plus”.

Dans mes 40 ans comme entraîneur, j’ai vu ce type de scénario se répéter tellement de fois. Il suffisait de regarder les yeux de Michel pour deviner quand la peur prenait le dessus chez lui. Et voir la tension apparaître dans ses coups techniques permettait aussi de deviner que la peur l’avait envahi.

Essayons d’analyser ce qui s’est passé.

D’abord Michel n’a aucune conscience de sa peur, de ce qui se passe dans son esprit et son corps. Comme il n’est pas conscient de sa peur, il ne peut pas l’accepter et y faire face. Il n’est pas préparé du tout, il n’a aucune stratégie pour faire face à sa peur.

Ensuite, sa confiance en lui est basée sur ce qui se passe à la table. Si ça va bien pour lui, il a confiance et si ça va mal, il perd sa confiance. Il voyage sans arrêt de la confiance à la peur. Il doit absolument trouver un moyen de stabiliser sa confiance en la basant sur autre chose que sur ce qui se passe à la table donc ses résultats.

Comme il n’a pas de stratégies, de routines, d’habitudes, il se fait avoir par son imagination qui anticipe les événements négatifs. Tout ça le fait entrer dans la peur de façon régulière.

Et sa façon aussi de s’engueuler lui-même intérieurement, d’être négatif envers lui-même, de se crier des noms entraîne son hamster intérieur à tourner en rond dans sa roue. À ce moment là, il n’est plus centré sur son adversaire et il fait des mauvais choix tactiques.

La tension physique qui apparaît en même temps nuit aussi à sa technique et l’amène à manquer ses coups. Comme Michel n’est pas conscient de sa peur et n’est pas au courant des effets nuisibles qu’elle a sur ses coups technique en faisant apparaître de la tension musculaire. Il ne connaît pas les moyens physiques d’arranger sa technique.

Il fait des mauvais choix tactiques, manquent des coups faciles et se retrouve régulièrement dans la spirale descendante. Comme il n’a pas de routine, qu’il n’a pas développé d’habitudes pour apprivoiser sa peur et contrôler son mental entre les points et les sets, son esprit change de point d’attention au gré du match. Il devrait se poser les bonnes questions au bon moment afin de garder son esprit focaliser sur son adversaire et son match. De cette manière, il arrêterait aussi de s’auto critiquer et de s’engeuler lui-même.

Tout ça ferait aussi sorte d’éviter qu’il montre sa peur à son adversaire comme il l’a fait régulièrement au cours du match.

Ce qui est certain, c’est que pour Michel la peur n'amène rien de d'excitant ou de positif.
Dans le cadre de ce match, la peur lui apparaît comme quelque chose de vraiment négatif.

Et pourtant les psychologues vous diront que la peur peut parfois présenter des caractéristiques saines qui nous permettent de nous adapter à la situation.

Dans ma carrière d’entraîneur, il m’a été donné de voir plusieurs fois des joueurs gagner un match et de ne pas même pas savoir que le match était terminé. Ils étaient tellement concentrés sur le match et sur ce qu’ils avaient à faire, qu’il n’était pas conscient du score. Ce n’est qu’après la fin du match qu’ils ont pris conscience du score et de leur victoire. La peur a eu pour effet de les focaliser totalement sur ce qu’ils faisaient.

Mais pour arriver à cet état mental, il faut voir les compétitions et les matchs de tennis de table comme des défis et non comme des dangers ou des obstacles. D’ailleurs, savez-vous pourquoi vous faites de la compétition en tennis de table ? Pourquoi ou encore pour qui jouez-vous au tennis de table ?

Suite de ce petit manuel à venir....


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