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Comment créer une confiance en soi inconditionnelle chez nos athlètes ?

Il n’y a pas si longtemps, un de mes athlètes a demandé une rencontre individuelle suite à une sérieuse déconfiture dans le championnat junior national auquel il venait de participer. Il faut dire qu’il était 2e favori et qu’il s’était fait éliminer très rapidement. Et cela survenait juste après le championnat senior national où il avait gagné la catégorie principale en créant toute une surprise.

Lors de la discussion, de façon émotive et très sincère, il m’explique qu’il a totalement perdu sa confiance en lui. Et là, je commence à voir où se situe le problème.

C’est cette discussion qui est à l’origine de ce petit article sans prétention qui je l’espère pourra être utile à d’autres athlètes et entraîneurs.

Chez la plupart des athlètes, la confiance en soi va et vient en fonction des performances récentes. Dès qu’un athlète gagne quelques bons matchs ou encore un tournoi, sa confiance monte. Alors il joue plus relâché, fait des meilleurs choix de jeu, joue de façon plus inspirée. Son état d’esprit est optimal, il attache plus d’importance aux coups réussis, aux points et manches gagnés qu’aux coups manqués ou aux points et manches perdus. L’analyse après coup est réaliste, objective, positive et à la recherche de solutions.

Et puis arrive le moment où l’athlète manque plusieurs coups de suite, perds quelques mauvaises manches. Il connait des mauvais tournois. Et vlan, la confiance en soi s’évanouit. La technique devient de plus en plus tendue, ses choix de jeux deviennent vraiment moins bons et il ne joue plus de façon inspirée. Et son état d’esprit en prend un coup. Son attention va sur ses mauvais coups, ses mauvais choix, ses mauvaises manches. Pire que ça, il commence à considérer ses bons coups comme des coups chanceux dus au hasard et ses mauvais coups comme la normalité. Son hamster mental se met à tourner en rond. Il n’est plus du tout en mode de recherche de solutions. L’analyse après coup, quand il y en a une, est négative et plus du tout objective. L’athlète part souvent dans une valse d’émotions et de sentiments négatifs dont il a beaucoup de difficulté à sortir.

En fait, l’athlète avait développé une fausse confiance en soi. La confiance en soi qui est basée sur les résultats récents va et vient bien entendu. Elle fluctue et est très temporaire parce que déterminée par les succès et les échecs de l’athlète. Et comme il est normal pour un athlète d’avoir à un moment donné des mauvaises performances, sa confiance est alors fortement conditionnelle.

Ce dont a besoin l’athlète, c’est une confiance inconditionnelle qui ne fluctue pas. Pour y arriver, l’athlète doit adopter une vision plus large que celle basée sur ses résultats. Il doit baser sa confiance sur sa capacité à relever ses défis et à rebondir dans les moments difficiles. Il ne s’agit même pas d’une confiance basée sur la certitude du résultat, car personne ne peut jamais en être certain, mais bien d’une confiance basée en partie sur la capacité de pouvoir accepter le résultat, quel qu’il soit.

La mauvaise défaite sera donc envisagée tout autrement. Elle sera vue comme un nouveau défi qui permettra un nouvel apprentissage. Les grands athlètes relèvent des défis tout au long de leur carrière. Une mauvaise manche, un mauvais match, une mauvaise défaite, tout ça devient le petit défi à relever qui créera chez l’athlète petit à petit une habitude qui développera une confiance en soi inconditionnelle. En tant qu’entraineurs, nous devons aider l’athlète à premièrement voir les défis et les accepter et ensuite à les relever.

Cette façon de voir fera en sorte que l’athlète se verra comme un bon joueur même s’il manque des coups ou perd des manches. Les bons coups, les bonnes manches, les bons matchs confirmeront chez l’athlète sa capacité fondamentale. Les mauvais coups, les mauvaises manches, les mauvais matchs seront vus comme des situations temporaires auxquelles l’athlète trouvera rapidement la ou les causes et y remédiera. Sa capacité à relever les défis et à rebondir développera chez lui une confiance en soi inconditionnelle.

C’est donc ce que j’ai expliqué à mon athlète. Il a ensuite gagné le tournoi d’après auquel il a participé, qui était un tournoi de sélection important. Après cette compétition, je lui ai rappelé que ce qu’il devait retenir, ce n’était pas sa victoire. Ce qu’il devait graver dans sa mémoire, c’est la façon dont il avait rebondi après un mauvais tournoi parce que des mauvais tournois, il en connaîtrait d’autres dans sa carrière.

C’est une histoire qui se termine bien. Mais la confiance en soi va encore plus loin.

La vraie confiance en soi inconditionnelle vraiment profonde, pour un athlète comme pour toute autre personne, est basée sur la conviction de sa propre valeur en tant qu’individu, au-delà du tennis de table, du sport. C’est une confiance inébranlable dans sa qualité d’être humain. Peu importe ses résultats, il sera toujours convaincu de sa valeur propre.

Grâce à ce vrai type de confiance inconditionnelle basée sur la conviction de sa valeur en tant qu’être humain, il peut mieux évaluer objectivement ce qui se passe, peu importe que la situation soit positive ou négative. Il voit mieux la réalité parce qu’il voit davantage les situations telles qu’elles sont. Plus besoin de rechercher la confirmation de sa valeur dans le jugement des autres ou même dans notre propre jugement. Cela permet à l’athlète d’améliorer sa façon d’agir à l’avenir. Il perçoit mieux ce qui fonctionne, ce qu’il a besoin de travailler ou ce qu’il doit modifier. Il devient plus objectif avec lui-même. Il détermine de façon beaucoup plus claire ses objectifs et la façon de les atteindre. Et le désir d’agir et de progresser sont toujours là en permanence.

Maintenant, comment développer le sentiment de sa propre valeur chez nos athlètes ? Très bonne question qui demanderait un autre article. Une piste de solution: amener l’athlète à se sentir utile, à sentir qu’il apporte quelque chose aux autres. Au lieu d’être trop centré sur lui-même, amenez-le à aider les plus jeunes par exemple, à s’impliquer dans le club ou à exercer un leadership sur le groupe.

En espérant que cette petite réflexion vous sera utile.


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