Nous savons aujourd’hui que notre volonté atteint très vite
ses limites lorsque nous voulons maigrir,
arrêter de fumer ou encore nous sortir d’un état dépressif.
Le fonctionnement de notre cerveau
Commençons par comprendre comment notre cerveau et notre
esprit fonctionnent en analysant une expérience scientifique.
Pourquoi des étudiants dans un laboratoire de psychologie à
qui on avait demandé de penser le moins possible à des « ours
blancs » n’arrivaient-ils pas à ne pas penser à ce à quoi on leur avait
demandé de penser le moins? Plus ils essayaient de ne pas aux « ours
blancs » et plus cela leur venait à l’esprit.
En fait, le problème de cette interdiction s’étend à toute
pensée qu’on essaie d’éliminer.
Les dernières recherches en matière d’anxiété, de
dépression, de régime et de dépendance le confirment toutes. Le pouvoir de
« ne pas faire » est lamentablement voué à l’échec quand il
s’applique au monde des pensées et des émotions internes. Plus on essaie de ne
pas penser à quelque chose ou de ne pas ressentir un sentiment négatif par
l’utilisation de notre volonté et moins ça fonctionne.
Ça amène une nouvelle façon de voir.
Une nouvelle compréhension de la volonté : le rebond ironique
Chaque fois que des gens essaient de ne pas penser à quelque
chose, cela déclenche un effet paradoxal qui fait en sorte qu’ils pensent à
cette chose encore plus que lorsqu’ils n’essayaient pas de contrôler leur pensée.
Et même davantage que lorsqu’ils essayaient d’y penser volontairement. C’est ce
qu’on appelle le « rebond ironique ».
Ce rebond ironique explique beaucoup de frustrations
présentes chez beaucoup de personnes de nos jours. Nous n’avons qu’à penser à
l’insomniaque qui se sent de plus en plus éveillé alors qu’il essaie de
s’endormir ou encore à la personne au régime qui veut éviter tel type de
nourriture et qui se met à y penser et même à y rêver.
Pensez au serveur qui ne veut absolument rien renverser un
soir parce qu’il lui est arrivé un accident la veille et qui finit par échapper
son plateau sur un client malgré tout. Ou encore, pensez au politicien qui se
dit qu’il doit éviter tout impair dans son discours et qui finit par échapper
quelque chose de pas très politiquement correct.
L’opérateur et le moniteur
Pourquoi le fait de vouloir éliminer une pensée déclenche-t-il
le rebond ironique ?
En fait, c’est à cause de la façon dont le cerveau traite la
commande qu’on lui demande. Pour y arriver, il active deux parties du cerveau
différentes. Une partie de votre cerveau va diriger votre esprit sur n’importe
quoi d’autre que la pensée interdite. C’est l’OPÉRATEUR. L’opérateur dépend de
la volonté, de la discipline et du self-control de la personne impliquée et par
conséquent requiert beaucoup de ressources mentales et d’énergie.
Une autre partie du cerveau va s’occuper de trouver des
preuves que vous pensez à ce à quoi vous ne devez pas penser ou que vous faites
ce que vous ne deviez pas faire. Cette partie du cerveau s’appelle le MONITEUR.
Il est un peu comme un surveillant. Le moniteur fonctionne automatiquement, il
n’a pas besoin de beaucoup de ressources mentales ou d’énergie. C’est un
système automatique qui fait partie des parties plus primitives de notre
cerveau.
Le MONITEUR peut paraitre à première vue comme quelque chose
de positif, un self-control automatique qui demande peu d’énergie, quelle
aubaine. Jusqu’à ce que l'on comprenne à quel point la coopération entre
l’OPÉRATEUR et le MONITEUR est critique et difficile. Si l’opérateur commence à
s’essouffler et à manquer d’énergie, le moniteur va devenir un cauchemar pour
la personne concernée.
En temps normal, les deux fonctionnent en parallèle.
Admettons que vous alliez au super marché et que vous vouliez éviter d’acheter
des chips. Pendant que l’opérateur essaie de contrôler votre
comportement : « je suis au super marché pour acheter des fruits
et légumes, sans plus. » Le moniteur vous envoie des signaux
d’alarme : « attention chips en vue dans cette rangée, à
éviter. »
Si vous êtes en forme et que vous avez de l’énergie en
réserve, l’opérateur peut mettre à profit l’hystérie du moniteur. L’opérateur
vous envoie loin des ennuis ou des tentations possibles dès qu’il entend une
alarme du moniteur.
Mais dès que vos ressources mentales et énergétiques sont
mises à l’épreuve par des distractions, de la fatigue, du stress, une activité
épuisante ou des problèmes quelconques, l’opérateur aura de moins en moins les
ressources pour faire son travail.
Le moniteur quant à lui, un peu comme le lapin Duracell, continue et
continue sans arrêt puisqu’il n’a presque pas besoin d’énergie pour faire son
travail. Et comme le moniteur cherche quelque chose d’interdit, il passe son
temps à rappeler au cerveau ce qu’il recherche. De plus, grâce aux
neuroscientifiques nous savons que notre cerveau traite l’information interdite
juste en dehors de la pleine conscience, dans la subconscience. Résultat :
vous êtes tout le temps prédisposé à penser ou à ressentir ou à faire ce à quoi
vous vouliez éviter de penser, de ressentir ou encore de faire.
Donc si vous êtes fatigué au super marché, dès que vous
franchissez l’allée des chips, l’opérateur étant à court d’énergie, le moniteur
se rappelle de l’objectif de ne pas en acheter et il inonde littéralement votre
subconscient de chips. Ça devient une tragédie qui se joue à l’intérieur de
votre propre cerveau. En essayant d’empêcher votre chute, le moniteur vous y
mène directement.
Donc, lorsqu’on essaie de ne pas penser, de ne pas faire ou
de ne pas ressentir quelque chose, c’est la meilleure garantie que ce ne sera
jamais bien loin de notre esprit.
Quand notre cerveau confond la fréquence d’une pensée avec la vérité
Cela engendre un autre problème, c’est que lorsqu’une pensée
revient sans cesse dans notre esprit, nous avons de plus en plus de chance de
croire que cette pensée est juste et vraie. Sinon pourquoi y penserions-nous
sans cesse ? N’oublions pas que naturellement, nous sommes portés à croire que
nos pensées sont une source importante d’information. En plus, nous estimons la
probabilité ou la véracité de quelque chose en fonction de la facilité avec
laquelle nous pouvons l’amener à notre esprit.
Par exemple, il nous suffit de vouloir éviter de penser à
notre peur des avions pour que cette pensée s’impose à notre esprit et que nous
nous rappelions tout d’un coup très facilement tous les accidents d’avion que
nous avons vus aux nouvelles et là de nous mettre à surestimer la probabilité
de nous trouver dans un accident d’avion.
Y a-t-il une façon d’éviter le rebond ironique ?
Une fois que l'on comprend le mécanisme du rebond ironique,
un bon exercice consiste à examiner ce à quoi on ne veut pas penser, ne veut
plus ressentir ou à ce qu’on ne veut plus faire en l’analysant du point de vue
de l’opérateur et du moniteur.
Le psychologue Wegner qui est à l’origine des expériences
sur le rebond ironique suggère un antidote qui est lui-même ironique : il
suggère d’abandonner, de lâcher prise.
Lorsque vous cessez d’essayer de contrôler vos pensées ou
émotions, elles cessent de vous contrôler. Paradoxalement, le fait de vous
donner la permission de penser à quelque chose réduit la probabilité d’y penser
malgré vous.
Cette solution s’avère être très utile dans plusieurs cas :
l’anxiété, la dépression, les envies alimentaires et les dépendances. Vous
donner la permission de penser ou de ressentir quelque chose sans vous mettre à
croire que c’est vrai ou sans vous sentir obligé d’agir en conséquence est une
solution qui fonctionne pour contrer le rebond ironique.
Essayer de ne pas avoir de pensées tristes vous rend plus
déprimé à la longue, même plus triste que si vous tentiez de vous sentir triste
par exprès. Le même phénomène se produit lorsque des personnes essayent de repousser
les pensées critiques qu’ils ont envers eux-mêmes du genre « je suis stupide »
ou « je suis un incapable». Leur estime de soi et leur humeur plongent encore
plus vite que lorsqu’ils se permettent d’y penser. Essayer de supprimer son
anxiété, son stress, son trac arrive aux mêmes mauvais résultats.
Pourtant tout ça va à l’encontre de nos instincts qui
consistent à vouloir protéger notre esprit des pensées perturbantes en nous en
débarrassant. Les neurosciences démontrent maintenant qu’il vaut mieux faire la
paix avec ces pensées plutôt que de les repousser.
Souvent une personne qui se trouve en état de dépression ou
d’anxiété extrême cherche à éviter ses pensées et émotions anxiogènes. Et comme
leur opérateur fini plus souvent qu’autrement à se retrouver en manque total
d’énergie, leur moniteur a beau jeu et ils finissent par devenir de plus en
plus dépressifs ou anxieux. C’est là où notre singe mental se transforme en un hamster
qui tourne en rond sans aller nulle part. Nous y reviendrons à la fin de cet
article.
Dans une thérapie traditionnelle, on vous dira qu’il faut vous
confronter avec vos idées tristes. Mais en fait cela ne marche que la petite
période de temps où l’opérateur a l’énergie nécessaire pour penser à autre
chose et ainsi ne pas penser aux choses tristes.
Mais en fait agir ainsi n’a du sens que si vous croyez qu’il
est possible de se forcer à ne pas penser ou ressentir quelque chose sans arrêt.
Ce qui n’est pas le cas. Ce système ne marche que temporairement.
Dans des thérapies plus récentes, on apprend au patient à
observer et à accepter ses pensées, ses sentiments et émotions mêmes les plus
difficiles. Il ne doit plus chercher à se débarrasser de son anxiété, mais plutôt
à développer sa confiance dans sa capacité à y faire face.
Donc au lieu de fuir nos sentiments négatifs, il est plus
efficace d’y prêter attention, de les ressentir de l’intérieur, puis de se
concentrer sur notre respiration. On peut aussi utiliser des techniques
complémentaires comme celle qui consiste à mettre nos pensées sur un nuage et à
les laisser aller au loin au gré du vent tout en restant concentré sur notre
respiration.
Au niveau des zones du cerveau, avec cette façon de faire, on
a pu observer une augmentation des pensées reliées à l’anxiété dans une zone
cerveau et qu’en même temps cette façon de faire a pour effet de diminuer
l’activité du centre de stress qui est visible dans une autre zone.
On ne lutte plus contre notre anxiété, on l’accepte et elle
finit par passer son chemin.
De façon ironique, une fois que l’on cesse de lutter contre
nos pensées et nos émotions, on se retrouve à avoir plus de libertés face à
elles. Comment peut-on y arriver ?
Voici la procédure :
-
Observer ses pensées, remarquez-les. Essayez
d’identifier si ce sont des pensées que vous reviennent souvent.
-
Ensuite, remarquer les sensations que vous avez
dans tout votre corps : les tensions musculaires présentes dans
différentes parties de votre corps, le rythme de votre respiration ainsi que votre
rythme cardiaque.
-
Ensuite, concentrez-vous sur votre respiration.
Remarquez vos inspirations et expirations. À cette étape, souvent les pensées
et les émotions perturbantes se dissipent déjà peu à peu.
-
Si parfois elles persistent. Vous pouvez alors
les imaginer sur un nuage dans le vent ou sur un canot dans une rivière et en
vous concentrant sur votre respiration les voir partir au loin.
Vous
n’avez plus besoin de chasser les pensées, seulement de vous concentrer sur
votre respiration tout en les acceptant. Il faut bien comprendre que ces
techniques n’ont rien à voir avec le fait de croire ou de ruminer vos pensées
négatives. L’inverse de la suppression de la pensée est l’acceptation de la
présence de la pensée et non le fait d’y croire comme étant vraie parce
qu’elles tournent dans votre tête.
En
fait, nous devons apprendre à accepter que les pensées aillent et viennent dans
notre tête et qu’on ne peut pas toujours contrôler les pensées qui nous
viennent à l’esprit, surtout quand notre opérateur manque d’énergie.
Nous
devons aussi apprendre que bien qu’une pensée nous vienne tout le temps à
l’esprit à cause qu’elle est présente dans notre moniteur, cela ne nous oblige
d’aucune façon à accepter le contenu de cette pensée et à y croire.
Petit
à petit, vous allez prendre de la distance par rapport à vos pensées en vous
disant des choses comme: « Ah ah, voilà encore cette pensée qui revient
dans ma tête. Elle ne veut pas dire grand-chose. C’est simplement comme ça que
fonctionne mon esprit. »
Il
faut tout simplement arrêter d’avoir peur que si on ne repousse pas une pensée
ou une émotion négative nous risquions d’être envahis. C’est plutôt le
contraire qui a été démontré.
Quand on fait le contraire de ce que l’on veut faire
Un
autre psychologue du nom de James Erskine va encore plus loin.
D’après
lui, la suppression d’une pensée ne nous amène pas seulement à penser à cette
chose plus souvent, mais cela nous pousse à faire la chose à laquelle nous
tentons de ne pas penser. C’est ce qui, d’après lui, expliquerait en partie la
tendance de beaucoup de gens à faire exactement le contraire de ce qu’ils
veulent faire.
Il
va jusqu’à soupçonner que le rebond ironique serait la cause de beaucoup de nos
comportements du type « auto sabotage ». Par exemple lorsqu’on fait
une entorse à notre régime, qu’on fume même si on chercher à arrêter et qu’on
boit plus que l’on voudrait.
D’ailleurs,
au niveau des régimes, on trouve un certain nombre d’études qui vont dans ce
sens. Une première étude démontre que les femmes qui avaient essayé de ne pas
penser au chocolat avant un test de gout ont mangé deux fois plus de chocolats
que celles qui avaient pu y penser librement avant. Celles qui étaient au
régime sont celles qui ont eu le plus de rebonds. Cela a révélé que les
personnes qui utilisent le plus la suppression de pensées comme stratégie de
défense contre une tentation sont celles qui sont le plus vulnérables aux
effets rebonds ironiques.
Donc les personnes qui suppriment les pensées reliées à la
bouffe sont celles qui auront le moins de contrôle quand elles mangeront. Elles
auront plus de fringales violentes et elles mangeront beaucoup plus que les
personnes qui n’essaient pas de contrôler leurs pensées.
Erskine va même jusqu’à conclure que ce qui rend les régimes
si inefficaces est que les gens croient que de bannir certains aliments qui
pensent-ils les font grossir est la façon la plus efficace de procéder. La
réalité c’est que le rebond ironique fait en sorte que si on s’interdit un
aliment, cela génère de façon automatique une envie insupportable d’en manger. Et
là le problème devient beaucoup plus psychologique que physique. Plus vous
essayez d’éviter un aliment, plus vous serez amené à penser à cet aliment.
Trop de gens pensent encore que la suppression de pensée
fonctionne parce qu’au début de leur régime, ils ont souvent l’impression que
ça marche puisqu’ils arrivent à se débarrasser de leurs pensées liées à la
nourriture. Vu qu’ils peuvent temporairement repousser ces pensées liées à la
nourriture, ils en viennent à la conclusion que la stratégie est bonne et
efficace.
Et le pire, c’est que lorsqu’après un certain temps par
manque de ressources et d’énergie, ils n’arrivent plus à contrôler leurs
pensées, leurs émotions et leurs comportements, ils interprètent ça comme quoi ils
n’ont pas essayé assez fort de supprimer leurs pensées et non pas que la
suppression de leurs pensées ne
fonctionne pas en fait.
Et ils entrent dans un cercle vicieux, puisque plus ils
essayent fort, plus le rebond ironique fait son effet.
Difficile à croire que le fait de repousser nos pensées et
envies ne marche pas. Alors que doit-on faire ? Peut-être qu’au lieu de les
repousser, il vaudrait mieux les accueillir dans notre esprit. On peut apprendre
à se servir de la stratégie d’acceptation pour éviter le rebond ironique. Nous
acceptons nos pensées au lieu de les repousser tout en nous rappelant que nous
devons tenter de continuer à contrôler nos comportements.
Plus on essaie de lutter contre nos pensées, nos envies, de
s’en distraire, plus ça devient une catastrophe.
Il est intéressant de noter que ceux que la stratégie
d’acceptation a aidés le plus sont ceux qui avaient le moins de self-control au
départ.
Comment appliquer la stratégie d’acceptation ?
-
Remarquez que vous pensez à votre tentation et
que vous ressentez une envie immense.
-
Acceptez de penser à cette pensée et n’essayez
pas de vous en distraire ou d’argumenter avec vous-même pour vous en détacher.
-
Prenez du recul et pensez que vous ne pouvez pas
toujours contrôler vos pensées, mais qu’en en prenant conscience et en les
acceptant, vous pouvez choisir d’y succomber ou pas.
-
Enfin rappelez-vous votre objectif à long terme
pour lequel vous vous êtes engagé avec vous-mêmes.
-
Choisissez de contrôler votre comportement.
-
Si vous y succombez encore, acceptez-le, ne
paniquez pas et reprenez le processus à la prochaine tentation.
Par exemple, une façon complémentaire de faire d’après des
chercheurs de l’Université Laval est de remplacer une chose qu’on ne veut pas
faire par une chose que l’on veut faire. Donc au lieu de s’interdire une liste
d’aliments pour arriver à maigrir, vous aurez plus de chances de succès en
montant une liste d’aliments qui vous créeront une bonne santé tout en vous
procurant du plaisir. Au lieu de raisonner en termes de ce qu’on ne peut pas
faire, on raisonne en termes de ce qu’on peut faire. Certaines études
démontrent que dans un groupe de femmes, ce sont celles qui ont adopté
l’attitude la plus souple face à la nourriture qui ont perdu le plus de poids.
Il semblerait que le fait de ne plus avoir d’aliments interdits a donné à ces
femmes plus de contrôle sur ce qu’elles mangeaient.
Une étude similaire au niveau des fumeurs a démontré qu’une
prise de conscience de l’acte de fumer et l’acceptation des pensées qui
viennent avec ont permis à un groupe de fumeur de diminuer le nombre de
cigarettes fumées par jour. Le fait de prêter attention à leurs pulsions a eu
pour effet non seulement de les diminuer, mais les a même aidés à arrêter de
fumer. Au début, ils ont continué à fumer comme à l’habitude, ils ont encore
craqué. Ce qui pouvait paraître négatif. Mais à la longue, leur pulsion a fini
par diminuer. Surfer sur la vague de la pulsion de fumer par une prise de
conscience et un processus d’acceptation peut nous amener à nous débarrasser de
cette pulsion.
Nos enfants auraient avantage à apprendre ça très tôt dans leur vie
L’acceptation intérieure amène le contrôle extérieur. Il
faut se rappeler que l’acceptation qui est le contraire de la suppression de
pensée ne veut pas dire de succomber à la tentation.
L’abandon des tentatives inefficaces de contrôle de nos
pensées intérieures résume en fait la façon dont notre esprit et notre volonté
fonctionnent.
C’est la capacité incroyable de notre cerveau à s’auto observer
avec curiosité et sans jugement qui nous permet de réagir à plein d’évènements
comme les tentations, l’autocritique, le stress, l’anxiété, la dépression et
plus encore.
Nous devrions apprendre à nos enfants très tôt dans leur vie
à avoir conscience d’eux-mêmes, à apprendre à s’occuper d’eux et à se rappeler
ce qui est important pour eux.
Il est possible de leur montrer très tôt que d’essayer de
contrôler leurs pensées et leurs sentiments à l’effet contraire de ce qu’ils
voudraient. Cela leur éviterait de réagir à leurs échecs en allant encore plus
loin dans cette stratégie inefficace. Ils apprendraient que le contrôle de soi
ne passe pas par le contrôle de ce qui nous traverse l’esprit, mais bien par la
prise de conscience et l’acceptation.
Il est bon de retenir que d’essayer de supprimer ou
d’oublier les pensées et les envies irrésistibles finira toujours par se
retourner contre nous et nous amènera à y penser davantage et finalement à
faire ce qu’on voulait éviter de faire.
Lorsqu’on connait et comprend le rebond ironique, on est moins
susceptible de se faire avoir de nouveau. Et lorsqu’on applique la prise de
conscience et l’acceptation, on peut encore aller plus loin.
Apprenez à sentir et à prendre conscience de ce que vous
ressentez et surtout arrêtez de croire tout ce que vous pensez. Quand une
pensée ou une émotion deviennent perturbantes, dirigez-vous vers le processus
de prise de conscience et d’acceptation. Prenez-en conscience, mais n’y
succombez pas. Et si vous y succombez, continuer à en prendre conscience et à
surfer sur la vague. Elles finiront par diminuer.
Tentative d’explication scientifique du lâchez-prise
On peut pousser un peu plus loin la compréhension du rebond
ironique en se rappelant certaines notions enseignées dans les cours de
méditation. Notre esprit contient un genre de petit singe qui saute de branche
en branche sans arrêt. On peut s’apercevoir de cet état de fait lorsqu’on
observe et prend conscience de nos pensées.
Le Dr Serge Marquis va plus loin en nous amenant à
comprendre que notre singe intérieur se transforme parfois en un hamster qui
tourne en rond sur place en n’allant nulle part. Nos pensées et émotions
deviennent obsessives et elles tournent en rond dans notre esprit sans jamais
arrêter. Elles sont alors toujours présentes à notre esprit et nous conduisent
à l’anxiété excessive, la dépression et le burnout.
On peut imaginer à l’aide de la théorie du rebond ironique
que ces pensées sont restées coincées dans notre moniteur pendant que notre
opérateur s’est retrouvé complètement à court de ressources et d’énergie.
Le fait de prendre conscience de nos pensées et sentiments
et de les accepter finirait par vider notre moniteur subsconscient de ces pensées et émotions négatives. Et le
hamster reviendrait alors à son état normal de singe.
C’est un peu une tentative d’explication scientifique de la
notion du « lâchez-prise ».
Il est vrai que l’on peut ensuite calmer le singe par
différentes techniques. Mais ça, c’est un autre sujet à traiter plus tard….
Références :
MCGONIGAL, Kelly. L’instinct de volonté : Comment
renforce votre persévérance et mettre fin à la procrastination pour atteindre
enfin tous vos objectifs. Paris, Guy Trédaniel éditeur, 2017, 310 pages.
Chapitre 9 : Ne lisez pas ce chapitre ! Les limites du pouvoir de
« ne pas faire », p. 251 à
280.
BECK, Henning. Les erreurs du cerveau, un super pouvoir.
Québec, Michel Lafon, 2018, 366 pages. Chapitre 4 « Le black out »,
Ne pensez pas à l’ours blanc, p. 87 à 90.
MARQUIS, Serge Dr. Pensouillard le hamster, petit traité de
décroissance personnelle. Montréal, Les Étidions Transcontinental, 2014, 184
pages.

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